« Une immense fierté »

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Voici la retranscription intégrale rédigée par l'Assemblée nationale du Québec de la déclaration faite hier par Stéphane Bédard concernant sa démission de son poste de député de Chicoutimi.

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Le Quotidien

Voici la retranscription intégrale rédigée par l'Assemblée nationale du Québec de la déclaration faite hier par Stéphane Bédard concernant sa démission de son poste de député de Chicoutimi.

M. le Président, M. le premier ministre, M. le chef de l'opposition, mon chef, M. le chef de la deuxième opposition, M. le secrétaire général, mon ami Michel, chers collègues, membres de la tribune.

Du plus loin que je me souvienne, M. le Président, j'ai toujours vécu dans un environnement où la politique était centrale, elle correspondait à un mode de vie où l'engagement social et la politique se confondaient avec la vie familiale. Elle m'a permis, dès mon plus jeune âge, de fréquenter des gens formidables, des gens plus grands que nature qui ont inspiré mon parcours, mon choix de m'engager.

Je pense évidemment à M. René Lévesque, à M. Lucien Bouchard, à M. Marc-André Bédard et combien d'autres. Je pense aussi, M. le Président, à ces militants moins connus qui étaient dotés de personnalités presque aussi charismatiques, mais qui avaient fait le choix de se mettre derrière eux pour mieux servir la cause qu'ils défendaient. Ce qui les réunissait était pour moi inspirant, un amour profond du Québec, la naissance d'un nouveau pays et une fierté incomparable d'appartenir à ce grand peuple.

C'est sur ces bases solides que j'ai fait le choix de m'impliquer en politique. Du référendum de 1980 jusqu'à la dernière élection, je me suis investi à chaque fois, entouré de gens dévoués. En 1998, les militants du comté de Chicoutimi m'ont demandé de les représenter à l'élection générale. Mon père Marc-André m'a posé une seule question avant de le faire: As-tu le goût de servir? Une question fondamentale pour tous ceux et celles qui font le choix du service public.

Aujourd'hui, je veux exprimer toute ma reconnaissance aux citoyens de Chicoutimi qui m'ont accordé leur confiance à six reprises, moins que vous, M. le Président, mais quand même. Ils m'ont donné ce privilège incomparable de représenter ma région. Le premier ministre le sait à quel point c'est une lourde tâche de représenter cette région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, cette belle région. Cet appui et cette affection ne se sont jamais démentis. J'aime profondément mon coin de pays et la fierté des gens qui l'habitent.

Cet appui, je l'ai eu aussi de ma famille, mon père Marc-André, ma mère Nicole, ma muse, mes frères Éric, Louis, Maxime, mais je l'ai aussi et surtout eu de ma conjointe, Janick, que vous connaissez bien. À chaque instant, elle n'a ménagé aucun effort pour me rendre la vie facile et de composer avec réalité qui n'a rien de normal. Ce choix de vie exige souvent, pour celles et ceux qui nous entourent, un engagement supérieur au nôtre. Mes trois enfants sont nés pendant cette période, ont eux aussi eu à partager leur père. Tout cela ne se fait pas, vous le savez, sans sacrifice pour eux, mais surtout pour moi. Malgré l'intensité de notre réalité, il arrive trop souvent que nous ayons l'impression de ne pas être au bon endroit.

M. le Président, après une longue réflexion, j'en suis venu à la conclusion que le temps est venu de leur redonner ce qu'ils m'ont si généreusement offert. Le temps passe, et je crois sincèrement que je ferais une erreur irréparable de me priver de ces moments de la vie qui ne reviennent jamais. Pendant toutes ces années, Janick, Sandrine, Eugénie, Marc-Antoine se sont adaptés aux obligations qu'exige la politique, aux horaires parfois inconcevables de la vie d'un député engagé. Ils m'ont donné sans condition le support et l'appui pour exercer mes fonctions. Merci, Janick. Aujourd'hui, c'est à mon tour de m'adapter.

M. le Président, j'annonce que je quitte mes fonctions de député de Chicoutimi. Je serai toujours reconnaissant et redevable de l'affection et de l'appui que la population m'a témoignés. À chaque jour, je leur ai donné le meilleur de moi-même. J'en ai fait de même pour le Parti québécois auquel je suis profondément attaché et avec qui je partage d'ailleurs le même nombre d'années d'existence. Je ne vous cacherai pas que les quatre dernières années ont été éreintantes, épuisantes. Certaines de ces années ont compté pour double. Je manquerais à mon devoir auprès de mes électeurs si je continuais sans la fougue et la détermination qui ont marqué mon parcours. C'est une question d'intégrité, c'est une question de respect envers ceux et celles qui m'ont fait confiance.

Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais je me dois de me faire un arrêt. Autant d'intensité, M. le Président, ont laissé quelques cicatrices, vous le savez. Je prendrai le temps nécessaire auprès des miens, à Chicoutimi, mais je tiens à vous assurer d'une chose, c'est que je resterai un militant indéfectible de l'indépendance du Québec. Mes années passées ici ont d'ailleurs renforcé cette conviction. J'ai vu dans cette Assemblée, tous partis confondus, des femmes et des hommes dévoués et dotés de talents formidables qui feraient l'envie de tous les pays à travers le monde. Tous les Québécois devraient être fiers de la qualité des gens qui composent leur Assemblée générale. En tout cas, moi, je le suis, et c'est peut-être sûrement la meilleure façon de lutter contre le cynisme qui se manifeste parfois. D'ailleurs, si j'ai décidé, si j'ai choisi de m'adresser à vous de mon siège, M. le Président, c'est parce que, vous le savez mieux que quiconque, cher Président, cher Jacques, j'aime profondément cette institution, tout comme vous. Je l'ai servie avec dévouement, j'en connais tous les recoins, j'ai testé tous ses articles, je connais ses traditions, ses us et ses coutumes. J'ai eu l'opportunité de contribuer, avec d'autres, avec vous, avec le secrétaire général et d'autres qui ont eu le même rôle que moi, de leader... avec d'autres à son avancement, par, entre autres, l'introduction du code d'éthique et la création de la convention parlementaire sur les lois... sur la Loi électorale. Nous avons ici un privilège hors du commun de représenter le peuple québécois dans sa réalité complexe, chargée d'une histoire singulière.

Ceux et celles qui me connaissent savent qu'en n'aucun moment je n'ai pris cette responsabilité à la légère. Mes nombreuses heures passées en commission parlementaire à décortiquer chaque article de projet de loi, encore cette semaine, sont là pour en témoigner, mais, plus encore, je connais chaque personne qui travaille au parlement. J'ai constaté à tous les jours le dévouement dont ils sont capables. Sans exception, je les ai traités avec respect, et ils me l'ont bien rendu. Vous me manquerez, vous tous et toutes ici, dans cette Assemblée, et qui travaillent dans ce parlement, et cela s'adresse à vous aussi, M. le secrétaire général. Le rôle névralgique que vous jouez ici ne prenait qu'une personne avec votre talent et vos qualités. Merci.

Et d'ailleurs vous faites une belle paire avec le président de l'Assemblée nationale, le seul, que je dois dire ici, que je n'ai pas réussi une seule fois à déstabiliser, chose que j'avais réussie avec tous les autres présidents, M. le Président. Jacques, tu vas me manquer, cher. Cette amitié, elle existait au-delà des partis, au-delà des fonctions.

Chers collègues, j'ai pu parfois paraître dur. Ce ne fut jamais gratuit. Ce fut les circonstances qui me l'ont commandé, ou la défense de nos institutions, auxquelles je suis attaché, ou la loyauté indéfectible que j'ai accordée à chacun, chacune de mes chefs. Je rends hommage à vous tous et toutes pour votre engagement pour le service public. Je tiens ici à saluer le choix de mon chef actuel, Pierre Karl Péladeau, de s'engager dans cette voie. Son parcours singulier aurait pu le mener ailleurs. D'ailleurs, il avait toutes les chances, il n'a pas choisi la facilité. Je connais la profondeur de son engagement. Il a toute mon admiration, mon respect et ma loyauté.

À mes collègues du Parti québécois, je garde un souvenir impérissable et reconnaissant de votre confiance, et, de façon particulière, lorsque vous m'avez choisi comme chef de l'opposition officielle, ça a été votre choix - ce n'était pas le choix d'un chef, c'était votre choix - et ça m'a marqué. J'ai été honoré de servir cette formidable équipe de députés.

Je sais que, dans les prochains mois, vous aurez à réfléchir sur vos conditions de travail. Ce sont des choix qui ne sont pas faciles, car ils sont lourds de conséquences dans l'opinion publique, mais je vous demande de considérer que cette vie que nous menons n'a rien de normal, et il serait mal avisé de vouloir l'encadrer dans une réalité qui ne lui convient pas. Ayez aussi à l'esprit que vous avez besoin d'une indépendance à toute épreuve pour bien assumer vos responsabilités. Nos conditions de travail sont un rempart qui nous permet à chaque instant d'agir, de décider, de voter avec l'indépendance requise.

Chers collègues, je tire ma révérence avec la satisfaction du devoir accompli, et ce n'est pas sans émotion que je quitte cette Chambre qui m'a fait vivre des moments d'exception. Je garde que de bons souvenirs de mon passage ici grâce aux personnes qui m'ont entouré, conseillé, qui m'ont rendu meilleur, M. le Président. Dans le comté, Joanie Larocque, Line, Lise, Carole, Louise et je pourrais en citer plusieurs et tous les députés savent à quel point on a besoin de ces gens formidables pour aider les gens de notre comté. C'est peut-être l'aspect le plus valorisant de notre travail à tous les jours et la population nous le rend bien. Trop peu, mais connu.

Au Conseil du trésor, avec Louis Bourcier et l'équipe réduite, mais combien efficace, Michel, Charles, Dominique, Mireille, Marie-Claude, évidemment combinés avec un secrétaire général, Yves Ouellet, et une équipe formidable qui est encore là d'ailleurs avec le président du Conseil du trésor, Dominique Gauthier, je pourrais tous les citer, je les connaissais tous. Au leader qui fut, vous le savez, M. le Président, ma résidence secondaire, mon ami et complice, une perle rare pour le Parlement, pour notre équipe, pour le Québec, Simon Lajoie, accompagné de Raphael, Simon, Geneviève, évidemment, Caroline, Sophie, Marie, Sandra avec qui j'ai travaillé de nombreuses années, au leader, mais aussi comme porte-parole en matière de Justice.

Comme chef intérimaire, la liste serait trop longue, M. le Président, malheureusement, je ne peux pas tous les nommer, mais certains sont ici aujourd'hui dans nos tribunes et d'autres sont dans leur bureau. Jean St-Gelais, le plus haut fonctionnaire du Québec m'a dit une chose un jour qui symbolise assez bien mon parcours : «On n'est jamais meilleur que son équipe.»

Je veux leur témoigner toute ma gratitude, je n'ai pas attendu aujourd'hui pour le faire, mais je veux qu'ils sachent qu'ils étaient les meilleurs. M. le Président, vous connaissez la relation privilégiée que j'entretenais avec les chefs du Parti québécois. Je les remercie de leur confiance, mais il serait pour moi ingrat de ne pas souligner la relation particulière que j'ai entretenue avec la première ministre, Pauline Marois. Je lui serai toujours redevable pour bien des raisons, mais particulièrement pour celle de m'avoir confié de façon simultanée le poste de leader et de président du Conseil du trésor. J'ai compris d'ailleurs rapidement pourquoi c'était la première fois que ces fonctions étaient réunies, je pense que ça sera la dernière, M. le Président.

Quelle intensité! Mais cela m'a permis de déposer la première loi de notre gouvernement, la Loi 1 sur l'intégrité. Quelle fierté! Ce mot «intégrité», pour moi, symbolise mon action et dans notre serment, comme on me le faisait remarquer, tout à l'heure la leader adjointe, il symbolise mon parcours, à moi, et j'ai eu cette chance de présenter cette loi au moment où, je pense, la société québécoise en avait besoin. Elle a mis un frein au dérapage qu'on a vu et j'en suis fier parce que ça a été un travail de tous les instants avec une équipe formidable. Si j'en suis le père, je dois le dire aujourd'hui, il y a un architecte de cette loi, et je veux que les journalistes le retiennent bien, c'est Mme Julie Blackburn des contrats publics qui a été celle, avec son équipe, qui a agi pour faire en sorte que cette loi soit comme on est, aujourd'hui, totalement opérationnelle.

Nous avons aussi eu l'occasion de faire la révision des processus des contrats publics, mais surtout de réformer, le président du Conseil du trésor peut en témoigner, et uniformiser le processus d'octroi et de suivi des projets majeurs au Québec, ils en avaient bien besoin, tout ça grâce à Yves Ouellet et Jacques Caron.

J'aurais beaucoup de choses à dire. Peut-être un élément, un dernier, qui m'a touché, c'est celui d'avoir, avec ma collègue Marie Malavoy, réinvesti dans les gymnases dans les écoles. C'était pour moi un élément fondamental. Nous avons fait un plan d'investissement, parce que j'ai été inspiré par un héros de chez nous, Pierre Lavoie, qui me disait : «Il faut investir dans les écoles, mais il faut investir aussi dans le sport pour leur permettre d'agir, de dépenser leur énergie, d'avoir des saines habitudes de vie». Mais ce fut aussi motivé par une valeur qui est pour moi fondamentale et qui avait guidé nos actions, celle de s'assurer de l'égalité des chances de tous nos citoyens. Et le système d'éducation est le meilleur pour garantir cette égalité des chances.

Plusieurs, ici, peuvent se poser la question : Comment peut-on faire la différence? Je leur réponds : À chaque instant, en autant qu'on assume pleinement le mandat qui nous est donné et les choix que nous faisons. Après 17 ans, M. le Président, bientôt 17 ans, ce qui me reste en bout de course, c'est une immense fierté, celle d'avoir servi au mieux de mes capacités les citoyens du comté de Chicoutimi, celle d'avoir défendu les idées auxquelles je crois, celle d'avoir apporté ma modeste contribution à l'avancement de ce grand peuple.

Merci, M. le Président.

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