En plaidant coupable sous 77 chefs d'accusation

L'abbé Harvey risque entre trois et huit ans de prison

En plaidant coupable, hier, au Palais de justice... ((Photo Le Quotidien, Michel Tremblay))

Agrandir

En plaidant coupable, hier, au Palais de justice de Chicoutimi, à 77 chefs d'accusation d'attentat à la pudeur et de grossière indécence, le prêtre Paul-André Harvey risque de passer entre trois et huit années à l'ombre.

(Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Denis Villeneuve
Le Quotidien

En plaidant coupable, hier, au Palais de justice de Chicoutimi, à 77 chefs d'accusation d'attentat à la pudeur et de grossière indécence, le prêtre Paul-André Harvey risque de passer entre trois et huit années à l'ombre, selon les suggestions de sentences faites par les procureurs de la couronne, Me Sébatien Vallée, et de la défense, Me Luc Tourangeau, devant le juge Pierre Lortie de la Cour du Québec.

Alors qu'il soulignait hier le 53e anniversaire de son ordination comme prêtre séculier, l'abbé Harvey a dû faire face à ses démons du passé, au Palais de justice de Chicoutimi, alors que Me Vallée a dressé l'exposé des faits entourant les agressions sexuelles concernant 39 petites filles âgées entre cinq et dix ans, entre 1963 et 1987.

Reconnu comme un prêtre avenant, altruiste et sympathique, doté d'un sens de l'humour, l'abbé Harvey n'avait pas de problème à s'attirer la confiance et la reconnaissance des familles en tant qu'aumônier impliqué dans son milieu, entre autres, comme aumônier du mouvement Les Janettes. Cette confiance s'est traduite par des visites nombreuses de l'abbé Harvey dans les familles, repas partagés, don de nourriture au presbytère par les fillettes, garde d'enfants, etc. dans toutes les paroisses du Saguenay où il avait été assigné.

Selon les nombreux témoignages recueillis par la couronne, cette confiance gagnée a permis pendant 25 ans à l'abbé Harvey de créer des moments d'intimité avec ses victimes en l'absence des parents dans les résidences privées, sous-sol d'églises, ses appartements, afin de se livrer à des actes indécents. De façon générale, l'abbé Harvey demandait à ses proies de s'asseoir sur lui où il se prêtait rapidement à des attouchements aux seins et parties génitales des fillettes tout se frottant contre leur corps.

Dans certains cas, il demandait aux fillettes de ne pas dénoncer ces gestes aux parents parce que « ça pourrait faire de la peine au petit jésus », ont raconté certaines victimes. « L'abbé Harvey a toujours été présent dans la famille. Je l'aimais beaucoup. Je portais des costumes de Janettes. Après avoir vendu des Prions en église lors de la messe, je suis allée le voir pour payer. C'est à ce moment qu'il m'a pris les seins et fait des attouchements à la vulve. J'avais peur de perdre les Janettes », a raconté Suzanne Tremblay, une victime à l'âge de neuf ans à l'époque, qui a demandé au juge Lortie que son témoignage soit levé de l'interdit de publication.

En après-midi, Me Vallée a fait témoigner à la barre sur une base volontaire huit victimes de l'abbé Harvey afin de faire connaître au tribunal l'incidence des gestes posés sur leur vie personnelle. L'une d'elles a mentionné qu'après avoir été agressée, elle a demandé au Bon Dieu de venir la chercher puisqu'elle n'en pouvait plus de vivre avec le sentiment de honte développé tandis qu'une autre a exprimé qu'elle était devenue arrogante et batailleuse à l'école. Dans son milieu, on la traitait de menteuse parce qu'on refusait de la croire après une tentative de dénonciation.

Certains témoignages très émotifs ont indiqué qu'en cette époque où le pouvoir de la soutane était très grand, dans une société religieuse catholique, on refusait de croire les enfants dénonciateurs sous prétexte qu'il s'agissait d'un homme d'Église, un « saint homme », d'histoires inventées de toutes pièces. Certaines lettres adressées à l'évêché sont demeurées sans lendemain. Toutefois, on remarquait que l'abbé Harvey était appelé à oeuvrer dans d'autres paroisses lorsque des bruits se faisaient trop insistants.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer