La 30e victime

Au moins 29 personnes ont péri dans l'attaque... (Photo Agence France-Presse)

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Au moins 29 personnes ont péri dans l'attaque contre l'hôtel Splendid, l'hôtel Yibi et le café Cappuccino à Ouagadougou, au Burkina Faso.

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Il y a eu 29 nouvelles victimes du terrorisme, vendredi, lors d'un carnage au Burkina Faso. Il y en aura d'autres. Quand? Où? Bonnes questions. O.K., on fait quoi?

En tant que coopérant international, je suis confronté à cette question. Dois-je tirer un trait sur des projets qui me tiennent à coeur? Dois-je ignorer cet appel du don de soi et de la découverte? Dois-je céder à la peur?

Maintenant que l'imprévisible et l'impensable se produisent à répétition, la peur s'installe, bien malgré moi. Elle habite aussi mes proches, qui s'inquiètent, avec raison.

Je souhaite ignorer cette peur, mais chaque jour, des drames viennent me la rappeler. Le groupe armé État islamique est puissant. Il fera plusieurs autres victimes et sévira encore longtemps.

Ce monstre vient pourrir ma planète, que je trouve si belle et si riche. Il accomplit sa mission de semer la peur, un sentiment puissant et envahissant que l'on cherche à éviter à tout prix.

Ici réside le piège: Daesh veut que ce monde d'ouverture se résigne, cède, se referme, souffre et s'étouffe, jusqu'à l'asphyxie.

Devant de telles atrocités, il est naturel, à mon avis, d'avoir peur de la mort. Mais il ne faut surtout pas avoir peur de la vie. On se doit d'éviter de tomber dans le jeu des terroristes en freinant nos ambitions.

Les six volontaires qui ont péri vendredi dans l'attentat de Ouagadougou avaient choisi de vivre. Ils sont morts au nom de l'humanité, de l'ouverture et du partage. Ils venaient de vivre une expérience hors du commun, celle de la coopération internationale.

L'humanitaire dans tout ça? La coopération internationale est la trentième victime de cet assaut. Car elle se questionnera et elle sera questionnée. Elle paiera ainsi le prix du terrorisme, car sa légitimité sera remise en doute.

Au Centre de solidarité internationale (CSI) du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le comité de gestion de risques va se rencontrer rapidement pour statuer si les stages prévus en février au Burkina Faso auront lieu. Je connais des gens qui doivent y participer et j'espère qu'ils auront cette chance.

Avec justesse, sa directrice Marie-Hélène Forest note que les attentats sont perpétrés dans les grandes villes, souvent dans les capitales, alors que les stages se déroulent dans les villages. De surcroît, ces actes immondes sont imprévisibles et ponctuels. Ils peuvent arriver partout dans le monde, même ici, n'importe quand. C'est un véritable coup de dés, mais les terroristes ne doivent pas gagner à ce petit jeu.

Je souhaite voir le milieu de la coopération internationale se tenir debout, fièrement, et poursuivre sa mission citoyenne. Mais pour cela, il ne faut pas que l'opinion publique et le gouvernement cèdent à la peur. Les familles, les amis, les élus: tous doivent garder la tête haute et encourager les gens à vivre leurs rêves.

Je le vis présentement, alors que je désire participer à un stage professionnel organisé par le CSI au Sénégal, pendant six mois. Je sens certains proches déchirés entre la peur et la fierté. Ces gens, qui ont toujours été là pour m'appuyer dans mes projets, ont de plus en plus de mal à respecter mes choix par crainte de me perdre, par amour. Et c'est compréhensible.

Des événements comme celui de vendredi confirment leurs inquiétudes. Pourtant, je considère que j'ai autant de chance d'être au mauvais endroit, au mauvais moment, ici que là-bas. Le destin est parfois tellement cruel.

Quand l'appel de l'étranger et du volontariat est aussi fort, il est difficile de l'ignorer. Le goût de la coopération revêt parfois un caractère vital. Je crois qu'il faut alors écouter nos ambitions, plutôt que nos peurs.

Nous avons toutes les raisons d'avoir peur: peur que ça ne recommence, peur de mourir, peur de perdre le goût de la vie et peur des autres. Mais c'est en acceptant et en reconnaissant ce qui nous effraie que nous pouvons continuer à vivre et ainsi résister à la barbarie.

Donc, on fait quoi? On fait un doigt d'honneur à ce monstre et on lui prouve qu'on n'a pas peur. On lui démontre que, pour nous, la vie a plus de valeur que la mort.

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