Où étions-nous pour ces femmes autochtones?

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Début décembre 2015, le gouvernement libéral de Justin Trudeau annonce une consultation auprès des familles et des proches des femmes autochtones disparues ou assassinées pour déterminer le mandat de la commission d'enquête promise en campagne électorale.

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Le Quotidien

CHRONIQUE ÉGLISE / Des journalistes enquêtent avec délicatesse et respect. Des langues petit à petit se dénouent, des femmes dévoilent avec courage des gestes répréhensibles de la part de personnes censées les protéger.

Des oreilles se tendent, des coeurs s'épanchent, les réseaux sociaux s'enflamment, les sphères politiques sont interpellées afin que tout cela ne reste pas lettre morte.

À l'ère des médias sociaux, nous n'écrivons plus seulement dans les marges pour qu'une réelle justice s'incarne. Des bouts de phrases nous parviennent comme ça, sans profondeur, pour ostraciser tout un chacun qui n'entre pas dans les rangs de la conformité. Des invraisemblances dupliquées sans guillemets, sans raisonnement, juste pour s'imaginer qu'on existe...

Trop souvent, la préférence va aux babillages colportés sans vraiment s'indigner sur les grandes questions... Comme celle-ci: qu'est-ce que le «e» muet? C'est moi, c'est toi, mais c'est surtout toutes ces femmes bafouées, atteintes dans leur intégrité.

Attendre

Réveil lourd, lent et déjà la rage. Oh! Pas celle de vivre, juste celle d'attendre. Encore! Attendre que les instances gouvernementales fassent étude sur étude, que les instances judiciaires élaborent leur stratégie. Refermer les yeux vite, essayer de fuir en silence...

Je suis longue à trouver les mots qu'il faut pour me faire soeur de coeur avec ces femmes autochtones profanées tant dans leur corps que dans leur âme... Cette peur incrustée dans toutes les parcelles de leur être me fait des haut-le-coeur. On a beau dire: «Cessez d'avoir peur, parlez, dénoncez!». C'est quand même épeurant cette plongée dans la révélation de ce qui leur est arrivé. Les étiquettes que bien des gens leur collent les enlisent encore davantage dans une perception négative d'elles-mêmes.

En ce début 2016, bien des sujets auraient pu convenir, mais c'est ce qui a ébranlé mon âme et troublé mon esprit en 2015.

Vent d'espérance

Début décembre 2015, le gouvernement libéral de Justin Trudeau annonce une consultation auprès des familles et des proches des femmes autochtones disparues ou assassinées pour déterminer le mandat de la commission d'enquête promise en campagne électorale.

Je salue cette trajectoire attendue depuis si longtemps. Pour reprendre les propos de Lucie Lamarche, professeure de sciences juridiques à l'UQAM, chercheuse et spécialiste des droits de la personne, «la dimension systémique du phénomène mérite d'être explorée et mise en évidence».

C'est essentiel que cette commission s'échafaude avec l'intention de retisser les liens avec les communautés autochtones. Mais encore faut-il aussi que cette commission d'enquête soit combinée à des investissements majeurs en éducation, en soins de santé, psychosociaux, en projets novateurs avec l'ensemble de ces communautés.

Je salue ces femmes qui, petit à petit, parviennent à sortir de leur corps pétrifié d'épouvante, têtes hautes, marée montante, pour que plus jamais elles ne demeurent muettes, ni entre parenthèses.

Ces quelques mots pour qu'elles ressentent ma solidarité et mon respect.

Jocelyne Simard, Équipe diocésaine de pastorale

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