L'Histoire au lieu du catéchisme

Depuis bientôt 30 ans que nous sommes ensemble, je l'appelle « La lionne ». Ce... (Archives La Presse, courtoisie de Radio-Canada)

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Normand Boivin
Le Quotidien

Depuis bientôt 30 ans que nous sommes ensemble, je l'appelle « La lionne ». Ce surnom affectueux n'a rien à voir avec le fait qu'elle est née un 17 août ou avec son caractère, mais c'est l'héritage de notre engouement pour Les Belles histoires des pays d'en haut, qui étaient diffusées pour la première fois en reprises au début de nos fréquentations.

Me comparer à Ti-Père, à genoux devant l'imposante Victorine qui le faisait chanter avec le lit à baldaquin est, depuis, une façon de la taquiner sur ma situation d'« homme soumis ».

Avant ce retour au petit écran alors que j'étais dans la mi-vingtaine, les tribulations de Séraphin, du père Laloge, du beau Alexis et du notaire Lepotiron avaient bercé mon enfance, à la fin des années 60, en me faisant rêver de ce « bon vieux temps ».

Car malgré leurs travers, les personnages de Claude-Henri Grignon se montraient quand même sympathiques et attachants, comme ce sans-coeur de Bidou qui avait fini par venir passer le réveillon de Noël avec son vieux père, ou encore la fois où Séraphin avait donné un pourboire au docteur Bouclier et versé des larmes parce qu'il venait de sauver sa Donalda.

En bon chrétien, l'auteur des Belles histoires ne pouvait dépeindre des personnages complètement noirs. Chacun portait l'un des sept péchés capitaux - la luxure, l'avarice, la gourmandise, etc. Mais il fallait y trouver aussi un bon fond catholique, car c'est ça que l'Église nous enseignait.

J'avais donc bien hâte de voir Les pays d'en haut, la nouvelle version « non censurée » que nous promettait Radio-Canada lundi.

« Non censurée », c'était justement pour rompre avec cette sympathie que nous inspiraient les personnages de la série originale qui portait bien son nom de « Belles histoires ». Le choc s'annonçait rude. La version moderne offrirait des visages fort différents, sans nuance et sans pitié.

J'étais donc prêt au choc de voir le curé Labelle se battre à coups de poing et je m'attendais à tout de Séraphin.

Verdict: j'ai a-do-ré!

Il est vrai que le beau Alexis est pas mal moins « swell » que dans les Belles histoires et que le gros curé Labelle ne vole pas au-dessus de la mêlée - il saute en plein dedans -, mais la trame est fidèle à l'histoire avec des personnages criants de vérité.

En fait, on se retrouve au tout début de l'histoire originale, à une période antérieure à la série des années 60. Alexis n'est pas encore parti et vit son histoire d'amour, qui commence à battre de l'aile, avec Donalda, laquelle ne ressemble pas à la femme soumise qui accepte son sort comme une bonne catholique et montre un peu plus de caractère.

Alors que dans l'ancienne série, on voit un homme revenu de l'exil, repenti et regrettant ses folies de jeunesse, celui de lundi soir a donné son fameux petit coeur en or à Donalda avant de prendre la poudre d'escampette avec Bill Wabo. (En passant, plusieurs ont dû sursauter comme moi lorsque la tenancière de l'hôtel a traité « le Sauvage » de « face de ouananiche ». Il n'y en a pas beaucoup dans les rivières des Pays-d'en-haut. En fait, Marco Collin a donné l'explication le lendemain sur les ondes de Radio-Canada. C'est un clin d'oeil qu'a fait l'auteur au comédien de Mashteuiatsh.)

Pendant ce temps, on a vu en Séraphin un redoutable homme d'affaires loin de la caricature de l'avare à laquelle on était habitué, commencer à tisser sa toile autour de son rival et du père de celle qu'il convoite.

Quant à la nouvelle mouture de « La Lionne », personnifiée par Anne-Élisabeth Bossé, les griffes et les crocs lui ont poussé depuis la fin des années 60. Plus rien à voir avec la mienne.

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