Monsieur l'agent, on a volé ma revue

CHRONIQUE / «Nous avons un appel pour le... (je ne divulguerai pas ici... (Archives Le Quotidien)

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Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / «Nous avons un appel pour le... (je ne divulguerai pas ici l'adresse, par respect pour ses résidants). Un locataire veut dénoncer un vol.

- Ok, c'est un vol de quoi?

- Il dit qu'un autre locataire lui a volé sa revue porno.

- Bon, ok, nous y allons. »

Cette conversation, je l'ai entendue il y a quelque temps, alors que j'écoutais les ondes de la police de Saguenay. Ne pensez pas que je suis le genre de personnes à écouter les ondes de police pour le plaisir ou que j'utilise cette douce mélodie comme bruit de fond à la maison. Je l'écoute pour le travail, comme le font tous les journalistes de faits divers. Pour ceux qui se posent la question : oui, c'est légal. Tout le monde peut écouter les ondes s'ils en ont envie, à la condition de ne pas utiliser les informations apprises pour commettre un délit ou pour échapper à la justice. Mais bon, l'utilisation du scanneur de police n'est pas le but de ma chronique. Parenthèse fermée.

Si je vous parle des fameuses ondes policières, c'est qu'en tant que journaliste des faits divers, nous avons la chance (ou la malchance, c'est selon) d'entendre des petits bijoux de conversations. Il y a les perles d'enfants, et il y a les perles des ondes de police.

Comme cette fois où deux patrouilleurs de Saguenay se sont rendus dans un immeuble à logements de Chicoutimi, afin de prendre une plainte de vol. Un vol d'une revue pornographique, perpétré sans scrupules par un voisin de palier. N'y a-t-il pas acte plus horrible? Par chance que des policiers se trouvaient à proximité.

Donc, les agents ont rencontré le plaignant, qui, bien désolé, a admis que ladite revue n'avait finalement pas été volée, mais plutôt égarée dans une craque du divan. Quelques minutes plus tard, les patrouilleurs ont pu repartir, afin de faire régner la paix et l'ordre un peu plus loin.

C'est à ce moment que je me suis rendu compte à quel point certains composaient le 911 pour absolument rien. Non mais, une revue porno volée. Est-ce vraiment un motif pour faire venir les policiers chez soi? Premièrement, on s'entend tous pour dire que nos agents ont des chats à fouetter bien plus importants que ça. Et, deuxièmement, qui volerait réellement une revue porno usagée? Personne. Du moins, j'ose le croire.

Je n'ai encore jamais eu à appeler les polices. Je touche du bois, puisque ça ne me dit rien de composer le 911, que ce soit pour une niaiserie ou pour un réel danger.

J'ai bien failli être obligée de le faire, l'été dernier, lorsqu'une immense branche est tombée sur ma maison et, du même coup, sur celle de mes voisins. C'était un dimanche. La branche était soutenue par des fils électriques, reliés à un poteau de la municipalité. Donc, j'appelle la Ville.

« Appelez les polices, madame. Ils vont ensuite nous téléphoner, pour qu'on envoie un contremaître.

- Pardon? Les polices pour une branche qui menacent de faire exploser des fils électriques? Qu'est-ce qu'ils vont bien pouvoir faire, lui tirer dessus? Il me semble qu'ils ont autre chose à faire que venir surveiller une branche.

- Désolée, madame, c'est la marche à suivre.

- Ah bon. »

Inutile de vous dire que je n'aurais jamais, au grand jamais, appelé la police pour une branche. J'aurais été bien trop gênée. Après quelques minutes à m'obstiner au téléphone, j'ai finalement contacté mon conseiller municipal, qui a réglé le problème en deux temps trois mouvements.

Je comprends parfois l'air un peu bête et blasé de certains policiers. Comment voulez-vous qu'ils gardent le sourire lorsqu'ils sont dépêchés sur les lieux de grands drames, comme une branche cassée ou une revue porno volée?

C'est comme cette semaine. Une dame a appelé le 911, puisque le chien de son voisin faisait pitié. Il était à l'extérieur depuis trop longtemps, selon elle. Il fallait absolument faire quelque chose pour cette pauvre bête, qui se gelait au froid. Bon, je comprends ici le désarroi de cette dame. Un chien dehors à -20 degrés, au bout de sa laisse, ça me fend le coeur. Mais de là à appeler la police, non.

Et des appels pour des chiens qui jappent un peu trop fort au goût des voisins, des appels pour de méchants criminels qui jettent leur neige dans la rue en grattant leur entrée, des appels pour dénoncer la présence indésirable d'ados dans des parcs, des appels pour de la musique entendue à 23h01, les policiers en reçoivent à la tonne. Imaginez, j'ai déjà entendu un homme qui dénonçait des enfants qui jouaient au hockey dans la rue.

Un moment donné, est-ce qu'on pourrait se laisser vivre un peu ou sommes-nous devenus aussi intolérants?

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