Le père Joël

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'ignore si je suis seul à le penser, mais à mon humble avis, il existe peu de missions aussi stressantes à remplir que celle de jouer le fameux rôle du père Noël.

En ce qui me concerne, j'ai souvenir d'avoir joué ce rôle d'une vie au moins une fois. Ça doit bien faire une bonne quinzaine d'années de ça et pour être franc avec vous, je me rappelle comme si c'était hier du stress incroyable qui m'avait alors habité.

Le truc c'est que dans ma famille, le rôle du père Noël a longtemps été occupé par mon grand-père Léonce. Maintenant, j'ignore si Léonce aurait pu être un grand comédien, mais une chose est certaine, mon grand-père s'en tirait plutôt bien quant à son interprétation du père Noël.

Alors voilà, à partir du moment où mon grand-père est décédé, le rôle du père Noël est devenu un peu comme la distribution de 30 vies, c'est-à-dire que chaque année, on changeait le comédien principal.

Du coup, les lois de l'amour et du hasard étant ce qu'elles sont, il a bien fallu un jour que je sois l'élu.

Il faut savoir que sur le coup, lorsqu'une de vos tantes vous prend à part pour vous informer qu'on (on étant un pronom qui désigne probablement un comité familial dont on ne connaîtra jamais l'identité des personnes qui le composent) a pensé que ça pourrait être vous le père Noël, c'est tout d'abord un sentiment de fierté qui vous habite.

Or, ce sentiment de fierté cède rapidement sa place à un stress intense.

En premier lieu, du moment que vous savez que d'ici quelques minutes ou quelques heures, vous deviendrez le représentant officiel de la magie de Noël, «le hamster se met à rouler très vite» dans votre tête.

C'est un peu comme si soudainement, toute la lucidité du monde envahissait votre esprit. Vous êtes là à réaliser qu'il ne suffirait que d'un faux pas pour briser tous les rêves de ces enfants qui attendent impatiemment la venue du père Noël.

Et puis hop, arrive ce moment où vous remarquez que les oncles et les tantes conspirent discrètement et qu'à plusieurs occasions, vous sentez leurs regards se poser sur vous alors qu'ils ou elles chuchotent dans un coin.

Voilà donc que quelques minutes plus tard, vous vous retrouvez dans les toilettes du sous-sol devant ce costume mythique. Au rez-de-chaussée, vous pouvez entendre votre famille qui s'amuse, mais surtout, les cris d'excitation des enfants qui trépignent d'impatience à la seule idée que le père Noël est en route.

La tension monte et vous savez que si quelqu'un vous voyait à cet instant précis, il aurait du matériel pour rire de vous pour les 15 prochaines années. Vous êtes là à transpirer de stress comme si vous vous apprêtiez à animer les Oscars en direct devant des millions de téléspectateurs. Tout ce qui vous importe à ce moment-là, ce sont ces deux oreillers que vous portez à la taille afin de vous faire une belle bedaine. «Ils ne doivent pas tomber pendant ma grande prestation», que vous vous répétez.

Et puis le grand moment arrive enfin. Il y a toutes ces paires d'yeux qui vous dévisagent. Certaines paires sont carrément bluffées alors que d'autres affichent cet air suspicieux.

Les prochaines trente minutes seront cruciales. Vous aurez chaud dans votre habit en feutrine rouge. Votre devrez subtilement réajuster votre fausse barbe qui glissera à plusieurs occasions. Et surtout, il ne faudra surtout pas rater votre grande sortie, car ces deux satanés oreillers qui vous font office de grosse bedaine ne tiennent plus qu'à un fil.

Et une fois que tout sera fini, il vous restera votre ultime scène à jouer: celle où vous «retournerez» au party et que vous «apprendrez» avec stupéfaction que vous avez «manqué» la visite du père Noël.

À ce moment précis, si tout s'est relativement bien déroulé, voilà que vous sentirez la fierté vous habiter à nouveau et c'est tout à fait normal. Cette année, vous avez été le gardien de la magie de Noël. Batman peut aller se rhabiller.

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