Les mains sales

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Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Ma passion, je l'ai découverte à 30 ans. J'ai longtemps pensé que c'était les voyages. Mais avouez qu'elle est difficile à cultiver au quotidien cette passion.

J'ai souvent envié ceux qui ne peuvent passer une journée sans dessiner, jouer de la musique, faire du scrapbooking. Même les maniaques du couponing, je les trouvais chanceuses d'avoir trouvé une activité qui les exalte autant.

Je me consolais en me disant que c'était finalement le travail qui me faisait cet effet-là, chaque jour.

Il y a des activités sportives que j'adore, comme les randonnées, la planche à neige, le «paddleboard». Mais aucune de ces choses ne me passionnait au point de me réveiller la nuit. En fait, je ne pensais pas que c'était possible d'aimer faire quelque chose au point de nuire à mon sommeil.

Bon, je vais vous le dire avant que vous insinuiez autre chose.

Je peins. Pas des murs, évidemment, des toiles. Ça fait déjà plusieurs mois que je laisse aller ma créativité de cette manière. J'ai même mon petit atelier à moi.

Mais ça ne fait que quelques semaines que j'ai fait mon «coming out». Jusqu'à récemment, seulement trois personnes avaient vu mes toiles. Et deux là-dessus avaient débarqué dans mon atelier sans invitation. Les vilains!

Je ne voulais pas partager les fruits de ma passion parce que je doutais de moi, je ne voulais pas que les gens me mentent en me disant qu'ils aimaient alors qu'au contraire, ils trouvaient ça affreux. Et là, ne pensez pas que je rêve de changer de métier.

Mais je mentirai en disant que je ne cherche pas l'appréciation des autres. Parce que mes toiles, je ne peux pas toutes les garder. Les murs vident se font rares chez moi. Il faut bien que j'en donne, non?

J'ai eu droit à plusieurs réactions à la suite de mon aveu. Des proches m'encouragent, me demandent des toiles. D'autres me regardent comme un chevreuil devant des phares de voiture. «Tu as pris des cours, j'espère?», me demandait un collègue, suspicieux par cette nouvelle passion.

Avec mon horaire atypique, entre Saguenay et Alma, difficile de suivre une formation à des heures fixes. J'ai appris sur le tas, comme on dit.

Cette question que les gens posent me laisse perplexe. Comme s'il fallait performer dans notre passion. Est-ce que je peux avoir du plaisir, point? Je ne rêve pas de voir mes toiles accrocher dans une galerie d'art quand même. Bon OK, peut-être un brin. Mais mon syndrome de l'imposteur serait encore plus insoutenable. Je n'oserais jamais me qualifier d'artiste. Et il n'y a que les artistes qui exposent, n'est-ce pas? C'est un titre lourd de sens qu'on ne mérite pas facilement.

J'aurais aimé trouver ma passion avant. Imaginez à quel point je serais talentueuse aujourd'hui avec toutes ces années de pratique.

Je ne peux pas dire que je n'ai pas essayé. J'ai joué du piano et fait de la natation lorsque j'étais à l'école primaire. C'était des corvées pour moi. Ma mère m'a obligée à jouer de la musique pendant quelques années. J'ai dû suivre des cours et pratiquer les soirs à la maison. On me surnommait Aurore dans mon quartier. (Note à ma mère: c'est une blague m'man). Ma passion, à cette époque, c'était passer du temps avec mes amis et fumer des cigarettes en cachette. Pas de jouer du Pachelbel.

Et ceux qui pensent que les passions ne servent qu'à passer le temps, ils se trompent. C'est prouvé depuis belle lurette que la pratique d'une activité amusante et de façon récurrente contribue à la qualité de vie d'une personne. Chez les adolescents, on dit même que les passions viendraient diminuer les risques de suicide et augmenter les chances de réussite à l'école.

C'est bien vrai. Et même si vous avez 30, 40 ou 60 ans, il n'est jamais trop tard pour la découvrir. C'est ce que je vous souhaite en 2016.

Parce que passer des heures à me laisser aller et à m'exprimer sur une toile, c'est vraiment le pied. Le seul mauvais côté? Les mains sales. Mais ce n'est pas cher payé pour mettre plus de couleurs dans ma vie.

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