Aidez Olivier à mourir

CHRONIQUE / C'est une histoire d'amitié plutôt contemporaine. (Photo 123RF)

Agrandir

Photo 123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / C'est une histoire d'amitié plutôt contemporaine.

En fait, je vous dis ça parce qu'il y a à peine dix ans, on ne se faisait pas de nouveaux amis comme ça.

Ça a donc commencé par une banale demande d'amitié sur Facebook. Et puis au fil des «likes» et des commentaires amusants, on a fini par se connaître.

Il s'appelait Olivier Cabanon Charbonneau.

Maintenant, je vous écris ça et je suis bien conscient que pour bien des gens, tout ça vous semblera surréaliste, mais bien qu'Olivier et moi, on n'ait jamais eu la chance de se rencontrer dans la vraie vie, je le considère comme un ami.

Or, voilà que le 10 octobre dernier, Olivier a décidé de s'enlever la vie à l'âge de 19 ans en sautant d'un immeuble d'une hauteur de 75 pieds. Vous en conviendrez, on peut difficilement commettre un geste plus définitif que ça. Toutefois, la vie dans tout ce qu'elle a de plus ironique, aura fait en sorte qu'Olivier aura survécu au grand saut.

Pendant plusieurs jours, l'espoir aura été au rendez-vous. Et puis, au moment où tout un chacun se retroussait les manches et se remettait de toutes ces émotions fortes, l'état d'Olivier aura soudainement dégénéré à un point tel que les docteurs n'auront pas eu d'autres choix que de le déclarer cérébralement mort.

Les parents d'Olivier auront géré la situation avec brio, donnant régulièrement des nouvelles aux nombreux amis de leur fils par l'entremise des réseaux sociaux. Ils auront même laissé quelques jours à ceux-ci afin qu'ils puissent lui rendre visite une dernière fois avant le grand départ.

Toutefois, ce grand départ qui était prévu pour samedi le 28 novembre s'éternise maintenant tragiquement.

Bien que tous les appareils qui l'aidaient à survivre aient été retirés, le corps d'Olivier continue à vivre.

Donc voilà que depuis quelques jours, les proches d'Olivier ainsi que ses amis se relaient afin de veiller sur lui en attendant que la mort ne l'emporte pour ainsi mettre définitivement fin à ses souffrances.

Que l'on se comprenne, il n'y a rien de réjouissant à l'idée de souhaiter la mort d'une personne que l'on aime de tout son coeur, mais quand il s'agit de la seule avenue envisageable, pourquoi faudrait-il laisser le temps faire son oeuvre alors qu'une panoplie d'outils est à notre disposition afin d'abréger la détresse de tout un chacun?

Et c'est justement la question que le père d'Olivier a osé demander au gouvernement par l'entremise d'une vidéo qu'il a filmé aux côtés de son enfant avant de la partager sur les réseaux sociaux.

D'un point de vue très personnel, mon idée à propos de l'aide à mourir est particulièrement très limpide depuis ma tendre enfance. Le truc, c'est que j'ai vu ma grand-mère maternelle être prisonnière de son corps pendant de longs mois, confinée à un lit d'hôpital et incapable de communiquer avec ceux qu'elle aimait. Je peux encore voir la détresse, le désenchantement et l'impuissance qui se cachaient dans son regard. J'entends encore les sanglots étouffés des membres de ma famille.

Évidemment, je vous raconte tout ça et je suis bien conscient qu'il s'agit là d'un débat de société très délicat, car il vient directement nous chercher jusqu'au plus profond de nos tripes.

Je sais aussi que plusieurs personnes craignent que l'aide à mourir puisse être l'objet de nombreux dérapages.

Maintenant, s'il y a une seule chose que je puisse être en mesure de souhaiter pour Olivier, c'est qu'il ne meurt pas seul. J'espère qu'il partira en bonne compagnie, entouré de ceux et celles qui l'aiment.

Ils le méritent.

Pendant ce temps, les politiciens débattent.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer