Stéphane Bédard désintoxiqué

Stéphane Bédard faisait quelques boîtes de déménagement dans... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Stéphane Bédard faisait quelques boîtes de déménagement dans son bureau de circonscription, la semaine dernière. En regardant un portrait de famille, son fils Marc-Antoine rigole et dit tout haut qu'il trouve son papa plus beau aujourd'hui que sur la photo.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Réveiller sa petite famille chaque matin. C'est ce petit geste quotidien qui a manqué le plus à Stéphane Bédard, qui a consacré près de 18 ans de sa vie à la politique active.

Depuis qu'il a annoncé sa démission, en octobre dernier, il a complètement changé de routine. Préparer les décorations de Noël, rénover la chambre de sa fille (il a presque fini d'ailleurs), aller aux remises de bulletin de ses enfants.

Bon. Il rencontre encore des citoyens à son bureau et participe à des événements publics, mais il est bien loin des périodes de questions et des jeux de coulisses à l'Assemblée nationale.

« Papa, fais ta grimace avec les yeux. Fais-le ! Fais-le ! », supplie son fils Marc-Antoine, qui se trouvait avec un ami dans le bureau de son père pendant mon entrevue. Stéphane Bédard gardait les deux garçons qui avaient congé de l'école cette journée-là. Et malheureusement, le père de famille n'a pas été « game » de faire la grimace devant moi. Ça aurait fait un beau portrait, non?

Mais l'homme qui n'a jamais couru les entrevues (il a déjà refusé une invitation à Tout le Monde en parle) a gentiment accepté de répondre à mes questions légères sur sa nouvelle vie. D'emblée, toutefois, il m'a corrigée.

« Je ne change pas de vie. Je reprends le contrôle d'une partie de celle-ci. Parce que ma vie a toujours été mes enfants, ma famille, mes amis, mon entourage. C'est ce qui va me rester. J'ai enterré assez de gens pour le dire. À la fin, ils ne racontent jamais le projet de loi qu'ils ont fait, leur bon coup, leur meilleure plaidoirie. Ce sont les bons moments avec leurs enfants, leurs amis, leur famille », me confie-t-il.

Ses priorités sont toujours demeurées les mêmes. C'est plutôt le temps accordé qui diffère maintenant.

« Avant, j'en faisais beaucoup pendant une journée, un peu pour me rattraper. Là, j'en fais plus et ça me fait du bien. C'est naturel pour moi de donner autant de temps à mes enfants. Mais je me suis posé la question. Est-ce que je fais ça parce que je me sens coupable? Eh bien non! C'est parce que j'aime réellement ça. »

Stéphane Bédard a toujours admiré sa conjointe, Janick Tremblay, qui poursuit elle aussi une carrière prenante. Mais en vivant sa nouvelle routine, l'ex-député est encore plus impressionné par la façon dont elle a tenu le fort familial pendant ces quelque 18 ans. En passant, ils ont trois enfants.

« On se disait, elle et moi, que dans un an on allait se rendre compte à quel point sa vie n'était pas normale. La mienne ne l'était pas. Mais la sienne non plus! Ça n'a pas pris un an pour s'en apercevoir. Je me demande comment elle a fait tout ce temps-là, que tout le monde arrive à l'heure, que les lunchs soient faits, qu'elle soit capable de remplir tous ses engagements, d'être présente... », admet le père de famille.

Transition

Est-ce que la vie trépidante de l'Assemblée nationale lui manque? Les « scrums » musclés, la partisanerie, les commissions parlementaires...

« La phase de désintoxication est presque réglée », s'amuse-t-il à dire. « Je pensais que la transition allait être plus difficile, mais non. Et tout ce qui me reste, c'est du bon. Ce sont les électeurs qui viennent me saluer à Chicoutimi. Il y a aussi mes adversaires qui me félicitent pour mon travail, maintenant que je ne suis plus une menace. La seule chose qui me manque, c'est le contact humain,avec les employés de l'Assemblée, les attachés politiques, mes collègues. »

Il l'a dit plusieurs fois. Il ne veut pas remplacer le maire Jean Tremblay. Mais je n'ai pas pu m'en empêcher, je lui ai posé la question. Seuls les fous ne changent pas d'idée.

« Il n'y a pas une fois que je ne m'en fais pas parler. Je leur dis qu'il y en a du bon monde ici, que ça prend un renouvellement. Mais je le prends comme une preuve de l'appréciation du travail que j'ai fait pour eux. Parce que pendant toutes ces années, je l'ai fait pour eux », insiste l'avocat qui ne ferme cependant aucune porte pour sa vie professionnelle.

Les politiciens épargnent toujours les détails négatifs de leur carrière, les mauvais moments. Mais Stéphane Bédard me le dit sans détour. La crise au parti québécois qui a éclaté en 2011 a été douloureuse à traverser.

« J'en garde une image difficile. On avait vu des crises ponctuelles, mais pas comme ça. C'est le seul moment où j'ai vécu un peu de découragement. Ce qui m'a aidée, c'est mon honnêteté et ma franchise. J'étais convaincu que Mme Marois était à la bonne place. Mais ceux qui te tirent dessus sont autour de toi, à la même table. Faire ça pendant huit ou dix mois, c'est assez surréel. Je n'en reviens pas d'avoir passé à travers ça. »

« Mais en même temps, c'était une expérience incroyable. Vivre un état de crise pendant presque un an de temps, aux premières loges », ajoute-t-il, refusant de ne voir que le mauvais côté des choses.

Cette crise, les débats et sa démission ont aussi permis à l'ex-député de voir qui étaient ses vrais amis en politique.

« Dans la vie, on fait des choix. Et dans les relations humaines, dans mon entourage, ceux que j'aime, je ne me suis pas trompé. J'ai donné ma confiance aux bonnes personnes. »

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