Deux poids, deux mesures!

Deux poids, deux mesures! Et je devrais probablement dire: trop de poids, trop... (Archives Le Quotidien)

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Caroline Poirier
Le Quotidien

Deux poids, deux mesures! Et je devrais probablement dire: trop de poids, trop de mesures. Ce n'est pas la première fois que je vous en parle. Ce n'est vraiment pas évident de s'y retrouver avec les affichages des poids et mesures autant dans les livres de recettes que dans nos activités quotidiennes.

À la charcuterie lundi matin, je demande au commis 250g de jambon forêt-noire. Un client, juste à côté de moi, âgé d'environ 65 ans, me demande gentiment: «Ça équivaut à combien de livres ça madame? Je n'ai aucune idée de ce que ça peut représenter.» Un peu plus tard, en arrivant au travail dans l'après-midi, un couple dans les mêmes âges me demande si nous vendons des tableaux de conversions pour les mesures puisque la dame qui donne des recettes dans Le Quotidien (ils ne m'avaient pas reconnue) les écrit toujours en millilitre et ils ne sont pas accoutumés à utiliser ces unités de mesure...

Il y a de cela bien des lunes, chaque région de France possédait son propre système. Ainsi, en Bretagne, on mesure en perches, à Marseille en palmes, à Paris en pieds, ailleurs encore en toises, en pouces, en lignes, en brasses, en coudées, en empans... Il en est de même pour les mesures de masse où la livre est par exemple plus légère à Toulouse qu'à Strasbourg!

Dans ces conditions, les échanges commerciaux deviennent de plus en plus complexes.

Et pourtant, le problème n'est pas nouveau, puisqu'en 789 déjà, Charlemagne avait proposé d'uniformiser les systèmes de mesure, mais le projet a tourné court après sa mort. Plus tard, d'autres réformes furent proposées sous Louis XI, François 1er et Louis XIV, mais aucune ne connaîtra de succès. Bref, ce sera le Système international d'unité (SI), né officiellement en 1960, qui sera le successeur du système métrique et qui deviendra (qui essaiera de devenir) le système international.

Saviez-vous que?

Les Québécois sont passés par plusieurs systèmes de mesure différents soit le royal français, le système anglais puis le système impérial britannique. Ces trois systèmes avaient beaucoup de points communs (utilisation des pieds, pouces, livres, onces, etc.).

Ce sera dans les années 1970 que le gouvernement canadien tentera de rendre le système métrique le système de mesure officiel pour toutes les mesures. Il y a maintenant 45 ans de ça, le ministre de l'Industrie et du Commerce alors en poste, Jean-Luc Pépin, estimait que le Canada prendrait environ 20 ans avant de se convertir entièrement au système métrique! Pourtant, jusqu'à aujourd'hui, les Canadiens, y compris les Québécois, utilisent encore les anciennes mesures, mais pas dans tous les cas, le système métrique s'imposant facilement dans certains cas et très peu dans d'autres. On ne se défait pas si vite de ses habitudes, surtout que les voisins américains en sont restés à un système proche du système impérial britannique, et les échanges économiques étant importants, il est donc difficile au Canada de se convertir entièrement au système métrique.

On dit que la différence entre les générations pourrait être responsable du double système puisque les moins de 35 ans qui ont appris le système métrique dès l'école primaire n'utilisent plus celui-ci, tandis que les plus de 50 ans, à qui on n'a jamais enseigné le système métrique, sont plus fidèles aux anciennes unités de mesure. Je n'en suis pas convaincu! Ces mêmes personnes d'un certain âge sont capables de comprendre la température lorsqu'elle est exprimée en degré Celsius. Évidemment, si l'on donne toujours des raisons, il y aura toujours des excuses. Ne sous-estimez pas l'intelligence de ces personnes, elles sont capables, c'est juste qu'elles n'y sont pas obligées. Pourquoi devraient-elles s'y contraindre? Lorsqu'elles voient la vitesse en kilomètres sur les routes, elles comprennent bien, je crois. Ce sera la même chose ailleurs. Non, je ne suis pas fâchée, même si j'en ai l'air. Je suis juste surprise de ces excuses qui seront toujours avancées et qui, finalement, ne facilitent pas la tâche de personne en fin de compte!

Qu'en pensent les épiciers?

Des expériences en magasin ont été réalisées. Les épiciers ont placé les mêmes fruits dans leurs étalages à 1$ la livre et à 2,20$ le kilo. Ceux affichés à la livre se sont tous vendus contrairement à ceux au kilo. C'est le même prix, mais ce qui frappe l'oeil des gens, c'est le chiffre.

À l'époque, en alimentation, les marchands ont tous eu à changer leur système de balances et de caisses au système métrique. Mais étant donné que les États-Unis n'ont pas suivi comme prévu et que des gens de ce côté-ci de la frontière ont porté plainte, le gouvernement a finalement permis l'affichage des prix à la livre. Ça fait que tout le monde est revenu au système impérial. Ç'a été une dépense vraiment importante pour les détaillants, puis le gouvernement n'a pas osé aller jusqu'au bout.

On se donne rendez-vous la semaine prochaine pour d'autres détails croustillants concernant les poids et mesures. Bonne semaine.

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