Ta kaïra, yéna kaïra

Chaque stagiaire s'est vu octroyer le nom d'une... (Photo Le Quotidien, Julien Renaud)

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Chaque stagiaire s'est vu octroyer le nom d'une personne du village. À Missirah, je suis donc connu sous le nom de Bouh Sidibe. Bouh, mon «toma» (homonyme) a 32 enfants, avec quatre femmes. Souleyman et Khalifa, mes deux fils par intérim, m'ont fait une démonstration de lutte sénégalaise ce jour-là.

Photo Le Quotidien, Julien Renaud

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Notre journaliste Julien Renaud s'est envolé pour le Sénégal cet été afin de participer à un stage de coopération internationale organisé par l'Université du Québec à Chicoutimi. Il a notamment mené un projet d'alphabétisation fonctionnelle en français auprès de femmes du village de Missirah, en plus d'enseigner le français dans une classe du secondaire. Voici la dernière de cinq chroniques relatant cette expérience hors du commun.

L'image du Canada à l'étranger s'effrite depuis quelques années. La métamorphose de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), en 2013, qui est désormais «incluse» dans le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD), y est pour beaucoup. Les orientations gouvernementales, basées sur des préoccupations économiques et géostratégiques, font foi de tout. Et les projets qui répondent aux besoins véritables des communautés, qui respectent les préoccupations sociales et qui favorisent une appropriation locale des efforts de développement se font de plus en plus rares.

Même si elles ont les mains de plus en plus liées, les organisations se défendent bec et ongles et redoublent d'efforts pour poursuivre leur mission citoyenne. Notre région regorge d'initiatives remarquables, et nous pouvons être fiers de l'ampleur du mouvement de solidarité internationale. Les organismes, les établissements scolaires, les citoyens, les élus et les entreprises d'ici agissent avec expertise et doigté à l'étranger. Il y a quelques exceptions, mais là n'est pas mon propos.

Quand les projets sont bien structurés, les retombées sont majeures. J'ai notamment visité trois centres de transformation des produits halieutiques, dont la mise sur pied a été coordonnée par ma professeure Marie Fall. Son équipe a légué des structures efficaces qui permettent à de nombreuses femmes de participer activement à la vie économique de leur village.

J'ai aussi vu des contre-exemples. Des projets menés à terme sans y impliquer les acteurs locaux, sans prendre en considération les réalités du milieu. Des échecs choquants, considérant les immenses besoins.

Depuis mon retour, les invitations se multiplient. Conférences, formations, sélections de futurs stagiaires, exposition de photo, chroniques: chaque fois que j'ai la chance de partager mon expérience, je revis mes 65 jours en sol sénégalais. Je côtoie de nouveau l'entraide, la résilience, la bonté et la simplicité. Chaque fois que je raconte mon aventure, je la raconte différemment. Chaque fois qu'on me pose des questions, je poursuis mes réflexions.

Ma perception de la coopération internationale a beaucoup évolué en allant sur le terrain. Certes, elle vise un renforcement des capacités. Mais, avant tout, elle est un échange de savoir-faire et de savoir-être. Nous sommes tous des êtres humains différents les uns des autres, mais chacun est riche dans ses valeurs, dans son identité. Derrière chaque individu, il y a une histoire qui, une fois écoutée, peut devenir la nôtre dans une certaine mesure.

«S'intégrer à une nouvelle culture, c'est comme lire un livre plusieurs fois; la première lecture, généralement, c'est pour se familiariser avec les personnages. À la deuxième lecture, on s'intéresse davantage à l'histoire. Mais à la troisième lecture, si on est capable de raconter l'histoire avec passion, c'est qu'elle est devenue aussi la nôtre, et les personnages des membres de notre propre famille», a scandé Boucar Diouf, Sénégalais d'origine, lors de la Fête nationale du Québec en 2009.

Au Sénégal, on dit «Ta kaïra, yéna kaïra». «Je pars en paix, tu pars en paix, et nous nous retrouverons en paix.» Quelle phrase magnifique!

Ce stage de coopération internationale, tout comme cette série de chroniques, est maintenant terminé, mais qui sait s'il n'y aura pas un second acte? Peu importe, le Sénégal fait désormais partie de ma petite histoire, et ce fut un bonheur de vous en raconter quelques lignes.

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