La gestion des eaux usées à revoir

Les eaux usées de Montréal continuent de défrayer... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les eaux usées de Montréal continuent de défrayer la manchette.

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Roger Blackburn
Le Quotidien

La campagne électorale aura au moins servi à s'interroger sur les intentions de la Ville de Montréal de rejeter huit milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent. La plupart des spécialistes en eau s'entendent pour dire que ce ne sera pas si pire et que le Saint-Laurent peut avaler ce renvoi d'eau sans trop de conséquences pour l'eau, les habitats fauniques, les poissons et autres habitants de la faune aquatique.

Malgré ça, je trouve que c'est une foutue belle occasion pour revoir la gestion des eaux usées et les usines de traitement. Ce n'est pas normal, en 2015, qu'on déverse de la merde dans l'eau, que ce soit le village de Sainte-Rose-du-Nord, Toronto, Vancouver ou Montréal.

On le sait, le Saguenay et le Saint-Laurent ont longtemps été des poubelles à ciel ouvert et, avec le temps, la nature finit par reprendre sa place et dans quelques mois, on ne verra aucune trace de ce déversement.

C'est comme les forêts qu'on a coupées à blanc il y a 30 ans. Aujourd'hui, on y trouve des arbres matures et une nouvelle forêt vieille de 30 ans. La nature ne s'embête pas avec les interventions humaines et tout finit par reprendre sa place avec le temps.

On sait que Montréal est l'une des pires pollueuses d'eau au Canada et on sait que les plus grandes pollueuses d'eau au pays sont des stations de traitement des eaux usées municipales. On devrait alors profiter de ce «watergate» québécois pour considérer l'eau comme la principale ressource naturelle du pays et utiliser tous les moyens nécessaires pour protéger cette ressource naturelle. N'oubliez pas qu'un litre d'eau embouteillée au dépanneur coûte plus cher qu'un litre d'essence.

Je suis bien content que la ministre de l'Environnement du Canada, Leona Aglukkaq, ait décrété un «arrêté provisoire» de l'opération en vertu de l'article 37 de la Loi fédérale sur les pêches. Le gouvernement veut confier à des experts indépendants le mandat d'évaluer les dangers que peuvent représenter ces huit milliards de litres d'eaux usées qui vont sûrement contenir aussi des rejets industriels.

Je me désole de constater que nous n'avons pas d'experts qualifiés au sein du gouvernement du Canada pour faire ce genre d'analyse. Ça doit correspondre aux politiques des conservateurs en matière de recherche scientifique.

Tout d'un coup que les experts découvraient des produits toxiques dans ces rejets d'eaux usées et que ça remettait en question toutes les municipalités du pays qui font partie des plus importants pollueurs d'eau au Canada.

C'est tout de même incroyable qu'on doive se tourner vers une loi sur les pêcheries pour protéger l'eau du fleuve alors que les responsables de l'Environnement disent que ça n'aura pas d'impacts majeurs. Même le symbole de l'environnement et la référence en changements climatiques et directeur de la Chaire en éco-conseil de l'UQAC, Claude Villeneuve, ne s'offusque pas de ce déversement. «Évidemment, je n'encourage personne à déverser des eaux usées dans les cours d'eau. Mais rationnellement, ce qui se passera à Montréal n'aura pas d'impacts irrémédiables sur la santé ni sur la faune. Il ne faut pas s'en scandaliser», a-t-il affirmé à ma collègue du Quotidien, Patricia Rainville, la semaine dernière.

Ça me fait penser à l'époque du flottage du bois sur nos rivières. Ce n'est pas grave, c'est juste du bois, disait-on. Il n'y a rien de plus précieux que l'eau. Je suis certain que dans les égouts de Montréal, il n'y a pas seulement de la merde et du papier. Il est temps que les scientifiques nous donnent l'heure juste sur ces rejets municipaux dans nos cours d'eau et qu'on oblige les municipalités à se comporter de façon responsable. C'est le temps que les villes arrêtent de polluer et il faut se servir du «watergate» de Montréal pour instaurer une politique de protection de nos eaux. Il y a des limites à rire du monde. On donne une amende aux propriétaires de camps de chasse et pêche dans le bois pour une installation septique non conforme pour deux semaines d'occupation par année, pis là, huit milliards de litres, c'est négligeable? Arrêtez de rire de nous!

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