Le défi des pêcheries durables

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Le phytoplancton est constitué des microorganismes photosynthétiques qui sont à la base des réseaux alimentaires en milieu marin.

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

La mer recouvre plus de 70% de la surface de la planète. Malheureusement, la surface écologiquement productive des océans est de moins de 10% de leur superficie. En effet, il y a des conditions particulières pour que l'océan soit productif. Il faut que les éléments nutritifs nécessaires au phytoplancton puissent être disponibles dans la partie de la colonne d'eau où la lumière peut pénétrer qu'on appelle la zone photique.

Le phytoplancton est constitué des microorganismes photosynthétiques qui sont à la base des réseaux alimentaires en milieu marin. Comme les végétaux sont mangés par les herbivores sur la terre ferme, le phytoplancton est mangé par le zooplancton, des animaux microscopiques qui seront ensuite la proie des poissons petits et grands que les pêcheurs recherchent pour nous alimenter. Les zones productives de océans sont surtout localisées au dessus des plateaux peu profonds (moins de 200 mètres), la plupart localisés près des côtes. Il y a aussi des zones de courants ascendants appelées zones «d'upwelling», comme la côte ouest du Chili. La productivité y est très forte, mais ces zones représentent moins d'un millième de la superficie océanique. Sur 90% de sa superficie, la mer est un vaste désert biologique.

Il y a moins d'un siècle, les chasseurs de baleines avaient presque fait disparaître plusieurs espèces de cétacés, mais la sagesse populaire considérait encore les ressources de poissons comme inépuisables. Jusque dans les années 1970, il suffisait d'augmenter la grosseur des bateaux et l'efficacité des filets pour obtenir toujours plus de poisson. Depuis, les pêcheries commerciales ont fait disparaître ou raréfié au-delà du seuil de rentabilité plus de la moitié des stocks de poissons marins du monde. Devant ce mode d'exploitation non durable des ressources océaniques, il faut s'interroger sur des méthodes alternatives. Il faut à la fois maintenir cette source d'approvisionnement en protéines et acides gras de qualité pour l'alimentation humaine et permettre aux stocks de poissons sauvages de se rétablir, là où c'est possible.

Malgré la surexploitation des poissons sauvages, l'offre de poissons et fruits de mer sur les marchés est demeurée assez constante depuis les années 1990, puisque l'aquaculture représente maintenant la moitié des approvisionnements. Mais, à l'instar de l'agriculture, l'aquaculture est une industrie qui a des impacts environnementaux et il faut prendre des précautions pour qu'elle ne soit pas la source de nouveaux problèmes. Depuis une dizaine d'années, il y a donc des organisations internationales comme le Marine Stewardship Council (https://www.msc.org/?set_language=fr) qui tentent de certifier les poissons issus de pêcheries et d'aquaculture durables. Certaines organisations publient aussi des listes de poissons dont la survie est plus ou moins menacée. Un bon poissonnier affiche ses couleurs et peut vous en dire plus.

Un article récent, publié en septembre dans Global environmental change, (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959378015300340 ) nous donne une autre piste. On y apprend que près de la moitié (40 à 47%) des poissons et fruits de mer pêchés pour le marché des États-Unis vont aux poubelles. L'étude réalisée sur la période 2009-2013 montre que la plus grande perte se fait chez les consommateurs (51 à 63%). Les rejets en mer (16 à 32%) et les pertes dans le réseau de distribution (13 à 16%) constituent les deux autres causes majeures de gaspillage. Cela représente 208 000 tonnes de protéines perdues, ce qui représente la quantité nécessaire pour nourrir 10,1 millions d'hommes ou 12,4 millions de femmes.

Bien sûr, ces pertes ne sont pas toutes évitables, mais les auteurs estiment avec raison qu'il y a des efforts à faire pour récupérer plus efficacement cette nourriture. Cela permettrait de diminuer d'autant la pression sur les stocks de poissons sauvages. L'enjeu des pêcheries durables ne se joue pas seulement en mer, mais aussi dans les supermarchés et même à la maison.

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