Une littérature régionale ?

L'éditeur chicoutimien Jean-Claude Larouche.... ((Archives Le Quotidien))

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L'éditeur chicoutimien Jean-Claude Larouche.

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Jean-Claude Larouche
Le Quotidien

La littérature régionale existe-t-elle vraiment? Ma définition personnelle de la littérature concerne exclusivement les ouvrages de fiction. Aussi, l'expression littérature régionale m'embête-t-elle, du fait qu'elle crée beaucoup de confusion dans les esprits. Parle-t-on d'oeuvres d'auteurs résidants ou originaires de la région? D'intrigues ou trames romanesques qui se déroulent dans une région donnée? D'oeuvres publiées en région?

Le même questionnement s'applique à l'appellation galvaudée d'éditeur régional, qui signifie surtout que l'entreprise est située hors des grands centres urbains. Détruisons tout de suite la croyance populaire voulant que cet éditeur publie uniquement des auteurs de cette même région. Il n'y a rien de plus faux. Ce n'est même pas là un critère de sélection des manuscrits.

Littérature régionale, éditeur régional, ces deux expressions peuvent même être péjoratives si on prend en compte le ton quelquefois méprisant avec lequel on nous les sert parfois. Pourtant, tous les auteurs et éditeurs vivent dans une région donnée, qu'elle soit urbaine ou rurale, populeuse ou déserte, et les histoires racontées, fictives ou réelles, se déroulent toutes quelque part dans un lieu, également réel ou fictif. Selon ce raisonnement, nous serions tous des auteurs ou des éditeurs régionaux?

Pourtant, dès que l'auteur d'ici déménage à Montréal ou est publié à cet endroit, ses ouvrages n'ont-ils pas tendance à s'exclure tout naturellement de la littérature dite régionale? C'est le cas de Louise Portal, de Samuel Archibald, de Gilbert Langevin, de Michel Marc Bouchard, de Paul-Marie Lapointe, d'Hélène Pedneault, de Larry Tremblay et de centaines d'autres écrivains qui ont migré vers des centres urbains plus importants. C'est également le cas de ceux et celles, nombreux, qui sont restés ici ou qui s'y sont installés à demeure; j'aurais grand-peine à cataloguer, par exemple, les écrits d'Alain Gagnon et d'Élisabeth Vonarburg de littérature régionale.

Cependant, il y a une chose dont je suis certain: l'imaginaire des écrivains, lui, n'est jamais régional, ou provincial, comme on dit en France. Certes, il est influencé par l'origine, le vécu, l'érudition, le talent, la religion de l'écrivain, de même que par son imagination, son éducation, ses lectures et quelques autres facteurs ambiants. Le véritable écrivain, celui qui réussit à nous épater et souvent à nous émouvoir jusqu'aux larmes, ressent un besoin viscéral d'écrire au même titre que l'être humain qui a besoin de manger pour survivre ou du marathonien de courir presque tous les jours. Dans ses mots et à travers les intrigues qu'il développe, remplies de personnages pourtant diversifiés, il nous livre son âme dans le seul but de rendre meilleur celui ou celle qui saura bien le lire et surtout le comprendre.

Quant aux enjeux auxquels est confronté l'éditeur situé en dehors des grands centres urbains, ils sont nombreux. Le hasard a voulu que notre bureau soit situé dans la région du Québec qui a produit le plus d'auteurs de fiction proportionnellement à sa population. Divers facteurs ont bien voulu également nous associer à la publication de certains témoignages et ouvrages qui ont fait beaucoup parler.

Bien sûr, plusieurs écrivains ont fait leurs premières armes chez nous avant d'être repêchés par des maisons d'édition ayant pignon sur rue dans la métropole. Il en est ainsi dans de nombreux domaines, pas seulement celui de l'édition. Voilà qui peut être flatteur, mais qui n'est pas sans imposer certains défis aux entreprises enracinées dans la lointaine périphérie des grands centres. Il leur faut alors innover et exploiter des créneaux négligés quelquefois par les concurrents pour réussir à tirer leur épingle du jeu.

Merci à tous les littérateurs de ce monde. Ils nous éloignent de l'ennui et nous aident à apprécier la vie.

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