Écrire en région, écrire la région

L'auteur arvidien Samuel Archibald.... ((Archives Le Quotidien))

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L'auteur arvidien Samuel Archibald.

(Archives Le Quotidien)

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Samuel Archibald
Le Quotidien

Alors que le Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean bât son plein, l'éditeur chicoutimien Jean-Claude Larouche et l'auteur arvidien Samuel Archibald échangent, aujourd'hui, sur la question de la littérature «régionale».
J'ai bien essayé de me demander que réserve l'avenir à la littérature québécoise des régions, mais, comme beaucoup d'écrivains, le passé m'intéresse plus que le futur. Heureusement, je sais assez bien d'où elle vient. Pas d'inquiétude à avoir, ici, je ne vais pas me lancer pas dans un cours d'histoire.

Je voudrais seulement essayer d'expliquer comment, de génération en génération, la région est représentée en littérature et la littérature est représentée en région.

Quand j'étais petit, j'ai commencé à lire comme tout un chacun dans les bibliothèques de mes parents et grands-parents, qui contenaient beaucoup de livre. Pas énormément de livres québécois, mais quand même. Je me rappelle surtout de Maria Chapdelaine qui se passait à La Pipe au Lac-Saint-Jean, pas loin d'où mon grand-père a son chalet. Il y a quelque chose d'important, quand j'y pense, dans cette reconnaissance-là. La littérature des régions commence à bien des égards, lorsque, de temps en temps, des lecteurs reconnaissent des paysages et des légendes dans les romans qu'ils lisent. Je n'ai pas réalisé ça tout de suite, à l'époque. À l'adolescence, grand lecteur et probablement écrivain un peu déjà, je restais convaincu que les livres étaient écrits par des Français ou des Russes morts, Flaubert ou Tchekhov, ou bien par des américains, comme Stephen King, dont j'achetais les livres avec les sous que je gagnais grâce à ma «ronne» du journal. Il ne me serait pas venu à l'esprit que ces trois-là venaient de petites villes, voire de trous perdus, et que ma propre situation géographique n'était pas pire ou meilleure que la leur. La littérature pour moi était un produit d'importation: on la faisait venir par camion depuis l'autre bord du Parc. Elle le demeure pour bien des gens, malheureusement, il faut l'avouer. On préfère souvent les histoires qui viennent de loin aux histoires d'ici. Un roman, c'est un miroir que l'on promène le long du chemin, disait Stendhal. Et peut-être qu'on n'aime pas tant que ça se regarder dans le miroir.

Je me rappelle qu'un ami, avec qui je traînais à vélo à Chicoutimi, m'avait montré la maison d'une femme qui écrivait des livres de science-fiction lus dans le monde entier. C'était Élisabeth Vonarburg, dont je suis allé aussitôt acheter le magnifique Chronique du Pays des Mères et qui est toujours restée pour moi la Dame du Haut-Château. J'ai ensuite étudié au Cégep de Chicoutimi, où j'ai eu comme professeur André Girard, qui écrivait ces beaux romans à la fois locaux et internationaux, où Port-Alfred tutoie la Slovaquie, la Russie, le Japon, l'univers; et Hervé Bouchard, citoyen de Jonquière, qui m'a fait lire Beckett, Novarina et Michaux et qui m'a complètement explosé la tête, plus tard, avec son Mailloux qui se passait à Arvida, chez moi. C'est grâce à eux que j'ai compris qu'un écrivain pouvait venir d'ici et écrire sur ici.

Ça aurait pu arriver différemment en d'autres époques et d'autres lieux. J'aurais pu avoir comme prof Pierre Demers à Jonquière, Marie-Christine Bernard à Alma, Jean-Pierre Vidal à l'UQAC ou le grand Guy Lalancette, qu'on honorera samedi soir au Salon du Livre, à Chibougamau. On aurait pu me faire lire des livres de Sylvie Marcoux à la petite école. Né un plus tard, je rêverais probablement aujourd'hui de publier à La Peuplade en trippant les livres de Marie-Andrée Gill, Laurance Ouellet Tremblay ou Charles Sagalane.

Il faut une constitution toute spéciale pour animer une vie littéraire au milieu des mouches noires et des hivers de six mois de long, loin des projecteurs, des caméras et des dollars de la métropole. Il fait être fait fort, mais c'est grâce à des gens comme ça que la littérature saguenéenne demeure une ressource diversifiée, riche, et éternellement renouvelable.

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