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Le criminaliste Charles Cantin.... ((Archives Le Quotidien))

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Le criminaliste Charles Cantin.

(Archives Le Quotidien)

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Charles Cantin
Le Quotidien

Si vous êtes un personnage public, vous êtes automatiquement exposé à la critique. Que vous soyez un député, un élu, une animatrice de radio ou encore un chef de police, vos chances de subir le pilori de la critique populaire sont multipliées proportionnellement à vos prises de positions. C'est un peu comme le guerrier au champ de bataille. D'emblée, il sera battant et conquérant, et exposé au tir de l'ennemi. Les élus municipaux et les hauts fonctionnaires sont de ces personnages qui ont quotidiennement le visage dans la baie vitrée de l'arène politique, là où le peuple les scrute et arbitre leur performance.

Avec l'arrivée des médias sociaux, ce criblage est devenu vérifiable et faisable à même le téléphone portable. Devant une pléthore de commentaires mal accueillis, l'Union des municipalités du Québec veut se prémunir d'un programme d'assurance contre l'intimidation et la diffamation pour supposément protéger les élus et les hauts fonctionnaires. Ce qui veut dire que votre conseiller municipal pourra vous poursuivre à partir de vos messages sur Facebook et sur les médias sociaux de tout acabit.

Jusqu'à ce jour, les municipalités québécoises (donc les contribuables) contribuent à part entière à la défense d'un élu faisant l'objet de poursuite dans le cadre de ses fonctions. Nous avons pu observer ce fait ici avec les affaires Hovington et Noël. Par contre, si un maire ou un conseiller ont cette intention de poursuivre actuellement pour de la diffamation ou encore de l'intimidation, ils devront débourser leurs honoraires d'avocat.

Laissons le peuple s'exprimer! Même si du gribouillage peu littéraire afflue sur Facebook, il s'agit d'un forum pour permettre aux gens de digérer les hausses de taxes et les actions politiques. De ces carrefours d'opinion naissent des réflexions inspirantes, des suggestions. Bref, il faut savoir faire notre propre triage et le sujet de la critique devrait s'adonner au même exercice de réflexion.

Épurez le débat public demande certains efforts; poursuivre nécessite l'argent du public. Le fait que vous soyez un élu ou un haut fonctionnaire vous oblige à la critique et au débat. Même les énoncés impolis bourrés de coquilles grammaticales ne devraient effleurer que votre volonté de mieux gérer!

L'autre raison qui me pousse à être contre l'assurance diffamation se retrouve dans nos lois et règlements. Le programme de l'UMQ vise les propos associés à la menace et l'intimidation, pas les ragots inintelligibles. Le Code criminel condamne déjà ces deux «actes verbaux», articles 264 et 423 du Code criminel. En ces cas, la dénonciation publique assure un procureur in concreto par le poursuivant de la Couronne. Même but que le programme de l'UMQ.

Autre mécanisme non coûteux; l'exemple du maire de Granby, Pascal Bonin. Ce dernier a fait adopter une réglementation qui prévoit des amendes de 1000$ pour les internautes injurieux à l'endroit des employés municipaux. Simple et efficace? Peut-être. Par contre, de ce règlement, à l'instar du programme assurance/diffamation et intimidation, se retrouvera le dilemme de tracer la ligne de démarcation entre ce qui est acceptable et ce que ne l'est pas. Ce qui se dégage de ce constat réside dans le fait que tout citoyen a le droit légitime de critiquer et de ne pas être à son tour intimidé par un potentiel recours judiciaire subventionné où le requérant ne risquera rien.

Que les représentants de la scène municipale deviennent un tant soit peu trop susceptibles contribuera à imposer une espèce de bâillon au citoyen mécontent et revendicateur. Les réseaux sociaux ne permettent pas les excès et le législateur s'y affaire déjà! Le «mauvais contribuable» mérite d'être confronté par sa cible politique. À partir du moment où l'analphabète virtuel sera maté intellectuellement par l'élu au langage clair et argumenté, nous nous épargnerons une flambée verbale. Par le fait même, une poursuite onéreuse s'éteindra où le citoyen aura de la difficulté à faire le poids faute de moyens. Je le répète, épurer le débat demande certains efforts, alors que poursuivre nécessitera l'argent du public!

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