L'aide médicale à mourir, un droit

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Sébastien Lévesque, professeur de philosophie au Cégep de Jonquière.

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Sébastien Lévesque
Le Quotidien

L'application de la Loi sur l'aide médicale à mourir a suscité une certaine controverse au cours des derniers jours. Le professeur Sébastien Lévesque, spécialisée en étique et philosophie, du Centre d'études collégiales Charlevoix du Cégep de Jonquière et la Dre Yun Jen, présidente de l'Association médicale du Québec, discutent de la question.
La Loi concernant les soins de fin de vie, adoptée en juin 2014, entrera en vigueur sous peu, mais déjà elle soulève de vives réactions, notamment dans les établissements spécialisés en soins palliatifs. Certains d'entre eux ont même annoncé leur intention de ne pas offrir l'aide médicale à mourir à leur clientèle. Pour la petite histoire, rappelons que cette loi est l'aboutissement d'un long processus de réflexion et de consultation publique amorcé en 2010 par la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité. Tous ceux et celles qui ont suivi attentivement les travaux de cette commission conviendront de son exemplarité, autant sur le fond que sur la forme. Cela dit, en dépit du consensus qui s'en est dégagé, force est de constater que la question de l'aide médicale à mourir est loin de faire l'unanimité dans la société québécoise.

Mais qu'un sujet aussi sensible que l'aide médicale à mourir ne fasse pas l'unanimité n'a rien d'anormal ou d'inquiétant, bien au contraire. Le Québec étant marqué par le fait du pluralisme, il va plutôt de soi qu'une diversité d'opinions et de croyances (parfois inconciliables) s'y côtoient. Ce qu'il convient de souligner, cependant, c'est que le fait que cette loi ne fasse pas l'unanimité ne réduit en rien sa pertinence et sa portée légale. Récemment, d'ailleurs, la Cour suprême du Canada a invalidé certains articles du Code criminel interdisant à un médecin d'aider quelqu'un à s'enlever la vie dans certaines circonstances. Dans son jugement, la Cour fait notamment valoir que la reconnaissance d'un droit à la vie et à la sécurité ne devrait pas, dans son application, conduire à une obligation de vivre contre son gré. Par conséquent, elle reconnaît que, dans certaines circonstances, il faut respecter le choix d'une personne de mettre fin à ses jours.

À la lumière de tels propos, on peut cependant se demander pourquoi le gouvernement du Québec s'est arrêté en si bon chemin. Dans sa mouture actuelle, la loi québécoise reconnaît effectivement qu'une personne atteinte d'une maladie grave, incurable et en fin de vie peut avoir recours, sous certaines conditions, à l'aide médicale à mourir, c'est-à-dire à l'acte qui consiste à provoquer la mort pour mettre fin à ses souffrances. Ce faisant, la loi consacre l'autonomie morale des personnes en fin de vie. Son libellé pose cependant problème quant aux personnes qui sont aux prises avec une maladie grave et incurable, mais qui ne sont pas en «fin de vie», au sens strict du terme. Pensons évidemment au cas de Sue Rodriguez, cette Manitobaine atteinte de la maladie de Lou-Gehrig, à qui la Cour suprême avait malencontreusement refusé l'assistance d'un médecin pour l'aider à se suicider.

À mon avis, il n'y a aucune raison valable de limiter l'accès à l'aide médicale à mourir aux seules personnes qui sont en fin de vie. Dans son jugement, la Cour n'évoque d'ailleurs pas cette condition. Elle renvoie plutôt à chaque personne le soin de déterminer ce que constituent, pour elle-même, les attributs d'une «bonne vie», et par suite la capacité d'effectuer des choix relatifs à cette dernière. C'est ni plus ni moins une question de dignité, si j'ose dire. Il y a donc quelque chose d'inconséquent à ce que la loi n'accorde pas la même autonomie morale aux personnes qui sont aux prises avec une maladie grave et incurable qu'à celles qui sont en fin de vie. C'est d'autant plus déplorable qu'il ne relève pas des gouvernements - et encore moins des directions d'établissements de soins palliatifs - de tracer la ligne entre une vie qui vaut la peine d'être vécue ou non.

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