Le danger n'est jamais loin

Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan... ((Archives Le Quotidien))

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Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien.

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Marie-Josée Audet, David Villeneuve
Le Quotidien

Marie-Josée Audet et David Villeneuve, tous deux originaires de la région, reviennent à peine d'une mission humanitaire au Moyen-Orient où, en collaboration avec un organisme de terrain, ils sont venus en aide à des chrétiens plongés en plein chaos en raison des conflits à caractère religieux qui ébranlent cette partie du globe. Voici la quatrième de cinq chroniques relatant les dessous de cette expérience hors du commun. La dernière sera publiée lundi prochain.
Nous roulons depuis maintenant près de deux heures. Nous avons quitté Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien tôt le matin, afin de nous rendre sur Manguesh, un village chrétien bien enfoncé dans les montagnes. Nous voyons défiler sous nos yeux un paysage très uniforme qui n'en est pour autant pas mois spectaculaire. Nous parcourons les derniers kilomètres de la vaste plaine semi-désertique irakienne. Sous peu, le panorama sera beaucoup plus vallonné. Nous pénètrerons au coeur d'un imposant domaine montagneux s'étirant de la Turquie jusqu'en Iran. Là-bas, la végétation sera beaucoup plus présente, tout comme l'agriculture d'ailleurs. Mais surtout, une fois dans les montagnes, nous perdrons quelques précieux degrés. Nous échapperons ainsi à la chaleur suffocante qui prévaut l'été en Irak, due à l'air du désert qui remontent vers le nord.

Sur la route, nous croisons d'interminables convois de camions de marchandises tous immatriculés en Turquie. Depuis qu'il est presque totalement coupé du reste de l'Irak suite à la Guerre du Golfe de 1990-91, le Kurdistan irakien est en effet approvisionné en produits de tous genres par son voisin du nord.

Depuis le début du conflit avec Daesh (l'État islamique), la circulation sur les routes du Kurdistan est très complexe. Par mesure de sécurité, beaucoup de routes ont été fermées. Les véhicules sont ainsi détournés vers des routes secondaires, mois rapides et plus sinueuses, mais davantage éloignées de la ligne de front. Il nous est par conséquent impossible d'oublier le danger, d'autant que nous apercevons à l'horizon le mur de barbelés ponctué de tours de surveillance construit par les Peshmergas, les combattants kurdes d'Irak, afin de protéger le territoire sous leur contrôle.

Au bout de deux heures de route supplémentaires, nous atteignons enfin Manguesh. Nous sommes stupéfaits par le calme qui y règne. Ici, la vie poursuit son cours. L'État islamique est loin. Pourtant, le village n'échappe pas à la réalité de l'Irak. En un an, la population de la tranquille bourgade a doublé suite à l'arrivée d'environ 5000 réfugiés. Ce sont d'ailleurs ces gens que nous sommes venus voir.

Nous visitons donc le dispensaire et l'école construits par l'association SOS Chrétiens d'Orient. On nous informe également qu'un camp d'été sera mis en place pour les enfants. Notre rencontrons par la suite les autorités du village, dont le travail auprès des réfugiés est remarquable. Il s'agit du Père Yushia, prêtre de la paroisse, qui sert de relais avec l'extérieur, de Sabeeha, mairesse du village, qui s'occupe de toute la dimension logistique dans le but de répondre aux besoins des réfugiés, puis de Hanna, Mukhtar, juge de paix dans la culture orientale, qui oeuvre à prévenir les conflits entre les locaux et les réfugiés en matière d'utilisation des ressources dans le village.

Nous quittons Manguesh dès le lendemain. Notre séjour fût bref, mais combien apprécié. Car bien plus que les médicaments et les aides matérielles que nous transportions avec nous, les gens que nous avons rencontrés retiennent la symbolique de notre passage. Par notre présence, nous leur témoignons notre solidarité. Ils savent qu'ils ne sont pas seuls.

Nous reprenons la direction d'Erbil. Nous nous arrêtons au village d'Alqosh, figurant lui aussi sur la courte liste des villages épargnés de la barbarie de Daesh, afin de visiter un ancien monastère datant 7e siècle. Si nous sommes stupéfaits par la richesse patrimoniale des lieux, cette visite nous fait prendre conscience que c'est plus qu'un site qui risque de disparaître si rien n'est fait, mais un peuple en entier.

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