La désinformation se poursuit

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Dr Geneviève Bois, porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac.

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Geneviève Bois
Le Quotidien

C'est à la suite d'années de délais que la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a enfin déposé, en mai dernier, un projet de loi révisant la Loi sur le tabac. Il interdira notamment l'aromatisation des produits du tabac et de fumer sur les terrasses des restaurants et des bars. La ministre a aussi mentionné la possibilité d'adopter une réglementation touchant l'emballage, assurant ainsi une réforme complète du cadre législatif d'un produit qui, faut-il le rappeler, demeure la plus importante cause de maladies et de décès évitables au Québec. Or, comme face à toute proposition sérieuse pour réduire le tabagisme et ses impacts, l'industrie du tabac a choisi la voie de la désinformation afin de contrer les mesures qui menacent le plus ses profits.

Récemment, le porte-parole d'Imperial Tobacco déplorait l'interdiction envisagée des cigarettes au menthol, qui fait partie de l'interdiction de l'aromatisation des produits du tabac, prétendant «qu'aucune étude ne vient prouver que les jeunes commencent à fumer à cause du menthol». Pourtant, les deux enquêtes les plus importantes à ce sujet, qui sondent des milliers de jeunes au Québec, montrent qu'entre le quart et le tiers des jeunes du secondaire qui fument des cigarettes en consomment des mentholées. Les cigarettes au menthol constituent bel et bien un produit d'initiation au tabagisme.

La compagnie brandit également le spectre de la contrebande, avançant que «plus la réglementation entourant l'industrie légale du tabac est sévère, plus les risques de contrebande augmentent». Or, aucune étude crédible n'appuie cette position. Tout au contraire, des études montrent qu'une interdiction du menthol pousserait les consommateurs de mentholées à cesser de fumer ou à changer de produit.

En fait, il est temps que l'industrie abandonne cette hypothèse discréditée: chaque nouvelle mesure de contrôle est automatiquement accompagnée de prédictions alarmistes quant à la contrebande qui, à chaque fois, ne se matérialisent pas. Ce fut le cas lors des trois plus récentes hausses de taxes, or depuis celles-ci, la contrebande a même baissé.

La manoeuvre ne date pas d'hier et est pratiquée de par le monde. Le thème de la Journée mondiale sans tabac de l'OMS cette année était justement l'exploitation de la contrebande par l'industrie du tabac, notamment en tant qu'outil politique pour contrer les mesures antitabac. Heureusement, le Québec n'est pas seul à confronter le problème de l'aromatisation: cinq provinces ont déjà adopté (ou le feront bientôt) l'interdiction des saveurs, incluant le menthol.

Par ailleurs, un possible règlement sur l'emballage du tabac doit être vigoureusement applaudi, surtout dans le contexte où les emballages n'ont cessé d'évoluer, devenant de plus en plus sophistiqués, variés et attrayants au cours des dix dernières années.

Bien qu'Imperial Tobacco prétende «qu'aucune étude ne montre que les jeunes commencent à fumer à cause de l'emballage» et qu'en Australie, où l'emballage neutre existe depuis 2012, «le tabagisme a augmenté chez les jeunes et n'a pas connu de diminution générale accélérée alors que la contrebande a augmenté», toutes les données officielles montrent que ces constats sont faux.

Des douzaines d'études démontrent l'impact des emballages sur les jeunes, dont certaines de l'industrie elle-même, rendues publiques via des poursuites devant les tribunaux. Les données du gouvernement australien indiquent que depuis la standardisation des emballages en 2012, le taux de tabagisme a connu la plus importante chute jamais enregistrée. Les données montrent également que l'âge moyen d'initiation a augmenté et que le nombre moyen de cigarettes par fumeur a diminué. Aucune étude officielle ne supporte la thèse selon laquelle la contrebande aurait augmenté durant la même période. Pendant des décennies, l'industrie du tabac a prétendu que le tabac ne causait pas le cancer, sachant que cela était faux. Sa crédibilité sur les mesures de réduction du tabagisme est donc nulle.

Pour sa part, la ministre Charlebois a déposé une réforme robuste, faisant preuve de courage en interdisant la saveur préférée des cigarettiers, et son intention de réglementer l'emballage montre qu'elle ne veut pas faire les choses à moitié.

Le public mérite d'être bien informé sur son projet de loi.

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