Combien vaut donc la nature ?

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Pourquoi un terrain situé sur le bord de l'eau se vend-il plus cher que dans un quartier localisé près d'une usine?

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Pourquoi un terrain situé sur le bord de l'eau se vend-il plus cher que dans un quartier localisé près d'une usine? Les plages de la région sont d'excellente qualité pour la baignade. C'est bon pour le tourisme et la qualité des vacances, mais qui paye pour la qualité de l'eau? Quelle compagnie peut mettre à son bilan le poisson que je vais pêcher cette fin de semaine dans un lac perdu de la forêt boréale? Combien d'emplois sont créés par la présence de bélugas dans le fjord? Richard Desjardins demande dans une de ses chansons «Pourquoi construire un cinq étoiles quand il y en a cinq milliards dans le ciel?»

Ces quelques questions appellent à s'en poser une plus vaste: «Est-il possible de mettre un prix sur la Nature et les services qu'elle nous rend?»

L'économie est une immense simplification. Elle nous fait perdre de vue la différence entre le prix et la valeur. Elle ne sait pas faire la distinction entre le bénéfice et les valeurs. Tout doit être ramené à une comptabilité réductrice. Des dollars, des emplois, des intérêts, des dépenses, des investissements, des profits... c'est un langage qui tue la complexité.

Or, les humains sont complexes et surtout, la nature est complexe. À vouloir tout simplifier, on tue l'un et l'autre. La nature nous rend d'immenses services, sans lesquels nous ne pourrions pas vivre. Nos ancêtres rendaient grâce à la divine providence et se servaient sans se poser plus de questions. Mais ils étaient moins nombreux, moins exigeants envers la vie. Nous avons poursuivi sans cesse notre développement en gardant comme indicateur prépondérant la croissance de l'économie, sans nous préoccuper des conséquences. Aujourd'hui, à l'échelle mondiale, on se rend compte que cela ne peut plus continuer.

La notion de «services écosystémiques» ou de «services environnementaux» répond à l'idée que si nous devions payer pour l'eau pure, l'air propre, les beaux paysages qui nous viennent d'une nature en santé, nous serions plus incités à les protéger. Divers courants de pensée ont tenté de quantifier la valeur économique de ces services. Par exemple, les forêts séquestrent du carbone en absorbant le CO2 que nous produisons en excédent et qui contribue au réchauffement du climat planétaire. Depuis l'adoption du Protocole de Kyoto, il s'est développé des marchés pour comptabiliser et échanger ces absorptions. On peut obtenir une rémunération de la part des émetteurs qui sont contraints à réduire leurs émissions. C'est le principe de Carbone boréal (carboneboreal.uqac.ca) Il y a aussi certaines initiatives à l'échelle internationale depuis 1992 qui visent à transférer à des pays en voie de développement des fonds pour protéger certaines zones riches en biodiversité en en faisant des parcs nationaux. La ville de New-York paie les fermiers des Catskills pour préserver les bandes riveraines et les forêts qui protègent la qualité de l'eau potable qui alimente leur réseau municipal. Malheureusement cette reconnaissance de la valeur des services écosystémiques est plutôt l'exception que la règle. En effet, le calcul économique ne sachant comment attribuer une valeur à ces services les considère comme des externalités.

Jérôme Dupras (oui, le bassiste des Cowboys fringants) et Jean-Pierre Revérêt ont publié ce printemps aux Presses de l'Université du Québec, un livre sur le sujet «Nature et économie, un regard sur les écosystèmes du Québec». On y trouve matière à réflexion pour répondre à bien des questions sur la relation entre l'économie et la protection de la nature. Dans une région où on veut nous confiner à l'exploitation des ressources naturelles, c'est une réflexion de laquelle on ne peut se dispenser.

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