Une bénéfique transparence

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Sébastien Lévesque, professeur de philosophie au Cégep de Jonquière.

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Sébastien Lévesque
Le Quotidien

Plusieurs projets-pilotes ont été lancés afin de doter les policiers de caméras corporelles. Bonne ou mauvaise initiative? Le professeur de philosophie spécialisé en éthique au Cégep de Jonquière, Sébastien Lévesque, et le criminaliste Charles Cantin, abordent la question.
L'idée d'équiper les policiers de caméras corporelles est de plus en plus discutée au Québec. Dernièrement, dans la foulée d'une intervention policière qui a mal tourné, le coroner Paul G. Dionne en a d'ailleurs fait la recommandation. Au même moment, nous apprenions que le gouvernement du Québec envisage sérieusement d'implanter cette technologie chez nous, le ministère de la Sécurité publique ayant en effet chargé un comité d'évaluer les impacts techniques et juridiques de l'utilisation de caméras corporelles par les forces policières. L'idée est séduisante, certes, mais ne va cependant pas sans soulever certaines préoccupations, notamment en ce qui a trait à la protection de la vie privée.

Ce qu'il faut d'abord savoir, c'est que quelques projets-pilotes ont déjà été lancés un peu partout à travers le pays. Certaines grandes villes canadiennes, notamment Calgary et Toronto, ont en effet muni certains de leurs policiers de caméras corporelles. Confrontés à cette nouveauté, plusieurs citoyens se sont cependant demandés si cette pratique policière était légale, ou à tout le moins si elle était bien encadrée par la loi. La réponse est oui. Qu'à cela ne tienne, dans le contexte de la loi antiterroriste C-51, laquelle remet en cause certaines de nos libertés civiles, ces inquiétudes m'apparaissent d'autant plus légitimes.

Cela dit, je suis plutôt favorable à l'idée d'équiper les policiers de caméras corporelles, notamment par souci de transparence. À mes yeux, si certaines dispositions relatives à la protection de la vie privée sont prises, les bénéfices attendus devraient dépasser largement les effets potentiellement préjudiciables. À cet égard, je me range donc derrière l'avis du coroner Dionne, selon qui l'introduction de caméras corporelles permettrait d'assurer une plus grande transparence dans les interventions policières et faciliterait le travail des enquêteurs, le cas échéant.

Je soutiens aussi la position des syndicats des policiers, lesquels affirment que les images recueillies par les policiers permettraient de faire contrepoids à la prolifération des vidéos citoyennes. D'ores et déjà, en effet, le travail des policiers est de plus en plus surveillé par les citoyens. Les réseaux sociaux regorgent d'ailleurs de ces séquences vidéo mettant en scène des bavures policières. Pas que je sois contre la vigilance citoyenne, mais je pense cependant qu'il serait intéressant d'avoir accès à «l'autre version» de l'affaire. Bref, ce ne sont pas uniquement les interventions policières qui devraient être soumises à des normes plus rigoureuses en matière de transparence, mais aussi les manifestations citoyennes.

Qui plus est, puisqu'aucune liberté n'est absolue ou illimitée, il m'apparaît tout à fait concevable d'encadrer l'exercice de certains droits lorsque le maintien de l'ordre est en jeu. Par souci d'équilibre, on devrait toutefois s'assurer que les bénéfices l'emportent clairement sur les effets potentiellement préjudiciables.

Et à cet égard, il est vrai que le fardeau de la preuve repose avant tout sur les corps policiers. Je crois cependant qu'avec un protocole national pour l'emploi de caméras corporelles dans les interventions policières, cet objectif pourra être aisément rencontré. Pour toutes ces raisons, j'ai plutôt tendance à croire qu'imposer la transparence aux policiers et aux citoyens ne peut être que bénéfique.

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