La région, le «Boys Club 02»

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Isabel Brochu
Le Quotidien

Est-il possible au Saguenay-Lac-Saint-Jean de parler au nom du féminisme? Pourquoi si peu de débats publics sur les manifestations régionales, évidentes et subtiles, de l'inégalité des sexes? Le si «beau Royaume» est-il un boys club? N'exagérons rien mais provoquons la réflexion.

La région accuse un retard pour la représentativité des femmes dans les lieux décisionnels et consultatifs. Le démantèlement des structures régionales accentue le problème. Cette situation justifie les demandes déposées en juin par un groupe de femmes. J'ai lu et signé leur manifeste en remarquant au passage l'absence du mot féminisme dans le texte. J'ai aussi constaté le silence des élus et décideurs en place. Aucun écho, dénonciation ou engagement public affirmant la nécessité de s'attaquer au problème. Ce manifeste a été lancé pendant le Sommet régional dont le comité d'analyse comptait une seule femme sur 11 membres. Une situation dénoncée dans l'indifférence. Il y avait 21% de femmes parmi les participants à cette grande messe devant orienter l'avenir régional. Les tables avec droit de parole comptaient entre 4% et 18% de femmes selon le sujet. Qui en a parlé? Il y a évidemment un problème structurel. Mais encore? Le nouveau conseil des préfets se compose de cinq hommes. Josée Néron, conseillère municipale à Saguenay, a questionné le fait que cette nouvelle instance ne prévoyait aucune place pour que des femmes participent aux décisions. On l'a rassurée en affirmant que le conseil des préfets prendre de bonnes décisions pour nous, les femmes. Ce paternalisme rétrograde (je modère ici) est le signe d'un problème profondément culturel.

Audrée Villeneuve, coordonnatrice de Récif 02, confirme qu'il est difficile d'utiliser le mot féminisme en région. Les luttes se font sous le couvert de la démocratie et avec des statistiques sur la situation des femmes. Le travail de vulgarisation est nécessaire pour passer les messages. C'est vrai auprès des hommes mais aussi des femmes. Ici comme ailleurs, plusieurs femmes évitent d'aborder le féminisme. Certaines adoptent des attitudes masculines et supportent la discrimination pour éviter le rejet d'un groupe ou réseau. Christine Chabot, qui travaille pour la condition féminine depuis plus de 20 ans, croit que la région est bloquée sur le féminisme. «Après tant d'années à échanger, faire des focus group et essayer de comprendre pourquoi c'est si difficile de changer la culture, nous avons fait l'hypothèse que la région est incapable de sortir du modèle historique économique du père pourvoyeur et de la femme occupant un emploi dans les services.» Elle ajoute que la région a un potentiel élevé d'emplois non-traditionnels mais ne se démarque pas pour ceux occupés par des femmes. Une région bloquée dans un modèle traditionnel? Inquiétant dans le contexte du retour du concept de «région-ressource» favorable aux hommes.

Les silences sont le signe de peurs et blocages collectifs ou, simplement, de l'absence d'intérêt. Les trois ne sont pas exclusifs. Pourquoi la région n'aborde-t-elle pas ouvertement l'inégalité des sexes?

Il y a un problème structurel et culturel à régler. Passons à la vitesse supérieure. Il faut viser un minimum de 40% de femmes dans les conseils pour espérer un changement à long terme. Personne ne demande au premier ministre Philippe Couillard et au député Serge Simard, notamment responsables du Sommet régional, aux élus municipaux et autres décideurs de déchirer leur chemise en revendiquant la mort du patriarcat. Non. Des femmes y travaillent sans relâche. Mais il est consternant de constater leur silence coupable face à une demande aussi élémentaire que celle d'assurer une mixité égalitaire. Il y a des limites à reculer et la région les a largement dépassées.

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