L'urbanisme à Saguenay

Martin Simard, géographe et urbaniste, professeur à l'UQAC.... ((Archives))

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Martin Simard, géographe et urbaniste, professeur à l'UQAC.

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Martin Simard
Le Quotidien

Les notions d'urbanisme et de règlements de zonage peuvent être complexes à saisir. Julie Simard, urbaniste et consultante spécialisées à Chicoutimi et Martin Simard, géographe et urbaniste, professeur à l'UQAC, abordent cette réalité afin de permettre aux citoyens d'y voir plus clair.
Récemment, on apprenait qu'un projet immobilier à Jonquière avait été refusé parce qu'il ne respectait pas le règlement de zonage. Sans prendre position dans ce dossier, cet événement reflète, à mon avis, la perception généralisée que l'urbanisme consiste en une série de règles tatillonnes et inutiles.

Comme urbaniste, on peut aisément justifier la nécessité de règles claires s'appliquant à tous. Néanmoins, mon propos ici vise à souligner le fait que faire de l'urbanisme, c'est beaucoup plus que cela. C'est avant tout un projet de territoire, voire de société. Et qu'en est-il de ce projet à Saguenay?

Saguenay une belle ville?

Il a quelques années, je recevais la visite d'un professeur Italien. En lui faisant faire un tour de ville, j'ai soudain réalisé la laideur de plusieurs secteurs, en particulier dans l'oeil d'un Européen. Je dois avouer que la honte m'a envahie en parcourant avec lui les boulevards Talbot, Saint-Paul et Harvey. Quels environnements urbains médiocres avons-nous construits depuis 50 ans!

On pourra me répondre que la ville ne se résume pas à cela mais il s'agit de pôles d'activités qui sont très fréquentés. On pourra me dire que ce n'est pas pire que les boulevards Hamel (Québec) ou Taschereau (Brossard) mais il s'agit d'une bien mince consolation. Quand on y pense, le cadre de vie «en région» ressemble étrangement à celui de la banlieue métropolitaine.

À Saguenay, l'environnement naturel est magnifique mais le milieu bâti l'est passablement moins. À part quelques sites exceptionnels, il faut bien reconnaître qu'il s'agit d'une ville moyenne nord-américaine des plus banales. Une ville de bungalows et de centres d'achats conçue davantage pour la voiture que pour les humains.

Des particularités ?

Au-delà de ce premier constat sévère, on peut identifier divers éléments qui dotent l'agglomération saguenéenne d'une certaine originalité. Premièrement, il s'agit du legs des «villes de compagnie» (Port-Alfred, Kénogami et Arvida). D'autres villes affichent aussi un «urbanisme industriel». Cependant, il est rare de trouver plusieurs exemples dans une même municipalité.

En deuxième lieu, les traces d'architecture moderne sont fort nombreuses. Les églises modernes du Saguenay sont reconnues dans les milieux spécialisés de l'architecture. Malheureusement, certaines de ces églises aux formes audacieuses souffrent de problèmes de conception. De plus, l'enjeu de la réutilisation des églises «excédentaires» est majeur, ici comme ailleurs.

Troisième particularité, Saguenay possède un site géographique riche et varié. En plus des « escaliers » qui descendent des plateaux jusqu'au Saguenay, les ravins et les collines façonnent les paysages. Les citoyens profitent souvent de cette géographie qui permet de grands terrains «sans voisins à l'arrière». De plus, ces «corridors verts» peuvent servir à des fins récréatives.

Une ville durable ?

Ce dernier élément nous mène sur le terrain du développement durable. Saguenay est très gourmande en espace, ce qui implique des impacts environnementaux et des coûts d'infrastructures. Malgré la proximité de la nature, la ville représente un modèle de non-durabilité. La faible densité y est liée à l'adhésion massive au style de vie «bungalow à grand terrain». L'éclatement des pôles d'emplois favorise aussi l'utilisation de l'automobile.

Les nouveaux quartiers offrent plus d'habitations jumelées ou en rangée et certains festivals nous amènent à nous réapproprier les centres-villes. Malgré tout, nous demeurons individualistes et peu portés sur l'urbanité. Sommes-nous capables de miser sur nos particularités pour développer une ville fonctionnelle et esthétique? Sommes-nous en mesure d'adopter des règles qui, à terme, donneront forme à une ville plus durable?

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