Efficacité et durabilité

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Récemment, un matin, dans ma chambre de la 42ème rue à New-York (où je m'apprête à donner une conférence dans quelques minutes), j'ai regardé la ville à travers les lunettes de l'efficacité énergétique. J'essaie de comprendre pourquoi il est si difficile de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et comment cela cadre avec les Objectifs de développement durable qui sont actuellement discutés aux Nations Unies pour la confection du programme des Nations Unies pour le développement après-2015. J'aimerais partager cette réflexion avec vous.

Scène routinière

La ville est pleine de bruits : klaxons, sirènes, grondement sourd des transports en commun, bruit du climatiseur de la chambre d'hôtel ou de la salle de réunion. Le soir, elle est pleine de lumières aussi. Ces sons et ces lumières, qui sont synonymes de l'animation d'une grande ville sont tous des résultats d'une consommation d'énergie. Pétrole, gaz, électricité sont les composantes du cocktail énergétique qui est nécessaire pour faire fonctionner notre société. Mais tout le monde ne dispose pas d'une abondance d'énergie accessible et peu dispendieuse. C'est un frein au développement de plusieurs pays et régions dans le monde.

C'est dans cet esprit que l'objectif de développement durable # 7 « Garantir à tous l'accès à des services énergétiques modernes, fiables à un coût abordable » a été formulé. Mais comment y arriver ? Depuis 150 ans, la société industrielle a produit des services énergétiques de manière centralisée : centrale hydroélectrique, centrale thermique ou nucléaire, parc d'éoliennes, raffinerie de pétrole, pour ensuite distribuer l'énergie dans des réseaux où chaque consommateur individuel ou collectif peut se prévaloir de sa part contre rémunération. C'est ainsi que nous avons pour chaque maison un compteur d'électricité (intelligent ou pas), que nous passons visiter le pompiste à chaque semaine ou que nous payons une facture de gaz. Ce mode de fonctionnement implique bien sûr une certaine inefficacité. Nous sommes généralement équipés pour des situations extrêmes (vous ne changez pas de système de chauffage parce que vous n'en avez pas besoin l'été ; vous aurez plutôt un système de climatisation en plus de votre chauffage). De plus, nous n'utilisons pas nécessairement la bonne forme d'énergie pour fournir le bon service. En revanche, le fait de vouloir tous en même temps consommer un service énergétique crée de l'encombrement et, là aussi il y a des pertes. Par exemple, si tout le monde veut prendre la même route en même temps, il y aura des embouteillages et chaque voiture consommera beaucoup plus d'essence en pure perte que si elle pouvait se rendre sans encombre à sa destination.

L'addition de toutes les formes d'inefficacité énergétique qui caractérisent une grande ville ou un système centralisé avec un réseau de distribution étendu coûte cher. La recherche d'un développement durable pour les pays moins avancés pourrait donc possiblement s'accommoder plus efficacement de systèmes de production décentralisés, c'est-à-dire de plus petites puissances, localisées plus près des consommateurs et utilisant les sources d'énergie renouvelable. On pourrait aussi penser que l'implantation de « réseaux intelligents », grâce à l'informatique pourrait permettre de gérer plus efficacement l'équilibre de l'offre et de la demande. Ainsi, la recherche du développement durable dans le domaine de l'énergie n'est pas uniquement une question d'économie d'énergie, mais elle interpelle une panoplie de solutions pensées en amont pour limiter les pertes et obtenir les services attendus. Ce sera l'objet d'un cours que nous préparons pour l'automne à l'UQAC et qui sera offert aux étudiants du programme « Enjeux énergétiques et éco-conseil ». Cela promet des discussions intéressantes.

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