Non à du colmatage!

Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle de... ((Courtoisie))

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Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE).

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Nathalie Morel
Le Quotidien

Selon les évaluations du ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (MEESR), 80 % des écoles n'offrent pas le strict minimum en matière d'éducation à la sexualité. Devant ce triste constat, qui constitue un autre exemple probant de la banqueroute de la réforme de l'éducation, le MEESR entend réparer les pots qu'il a lui-même cassés en matière d'éducation à la sexualité, en proposant des apprentissages étalés entre la 1ère année du primaire et la 5e année du secondaire. Pour la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), il s'agit d'une fausse solution à un réel problème, beaucoup plus important et complexe.

La FAE s'oppose formellement à la mise sur pied de projets pilotes qui doivent mettre en oeuvre ces apprentissages, et ce, dès la rentrée 2015- 2016. L'éducation à la sexualité exige un programme en bonne et due forme, intégré au Programme de formation de l'école québécoise et à la liste des matières obligatoires, et non un saupoudrage d'apprentissages «transversalement» arrimés, avec plus ou moins de bonheur aux autres matières, sans une formation initiale adéquate pour les enseigner.

La façon de procéder du MEESR dénote une consternante désinvolture à l'endroit de l'éducation à la sexualité, ainsi qu'à l'endroit du personnel enseignant qui porterait le fardeau de cette façon de faire. Compte tenu de la rareté des cours traitant de ce sujet dans les divers programmes de formation des maîtres, force est de constater que, hormis les quelques ex-profs de la Formation personnelle et sociale (FPS), aucune enseignante ou aucun enseignant n'est à ce jour qualifié pour enseigner l'éducation à la sexualité. Cette situation, qui ne serait tolérée pour aucune autre matière, témoigne du peu de considération des personnes à qui l'on confierait cette tâche. Les quelques succédanés évoqués par le ministère de l'Éducation, soit une douzaine d'heures de formation destinée à des agents multiplicateurs devant par la suite former le personnel enseignant, assortie d'un outil de collaboration interactif, ne sauraient en aucun cas combler la solide formation de base nécessaire à l'enseignement de contenus aussi importants et délicats pour un développement sexuel sain chez nos enfants.

Il est essentiel que le MEESR mette immédiatement un frein à cette opération de colmatage qui est une fausse bonne idée. À l'instar de nombreux acteurs de la société civile, entendus à la Commission de la Culture et de l'Éducation de l'Assemblée nationale (CCE) en 2010 et en 2014, la FAE croit à l'éducation à la sexualité, mais de façon sérieuse et coordonnée.

Nous proposons plutôt au ministre François Blais d'élaborer, en collaboration avec les acteurs concernés du monde de l'éducation, un véritable programme d'éducation à la sexualité, dûment inséré dans le curriculum actuel. De plus, puisque l'acte d'enseigner ne peut s'exercer en dilettante, il conviendrait que les programmes de formation à l'enseignement incluent des cours adaptés au contenu du programme en question.

Les propositions de la FAE permettraient, entre autres, de mieux prendre en compte toutes les dimensions culturelles et religieuses, notamment celles qui coexistent dans la grande région métropolitaine de Montréal. L'expérience que vit présentement l'Ontario devrait nous amener à agir avec plus de prudence. Une participation plus exhaustive, et surtout en amont, des organismes intéressés, dont la FAE, permettrait de combler cette lacune.

La pire chose à faire serait de berner la population, en lui faisant croire que les apprentissages proposés vont répondre aux besoins des élèves québécois. En somme, dans ces conditions, les enseignantes et enseignants refusent une solution à la «mieux que rien»!

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