Un appel au vivre ensemble

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L'auteur, Khadiyatoulah Fall, est professeur titulaire de la Chaire d'enseignement et de recherches interethniques et interculturels (CERII) et enseignant à l'UQAC.

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Khadiyatoulah Fall
Le Quotidien

Je remercie Le Quotidien de m'ouvrir ses pages en ce mois béni pour la communauté musulmane. En effet, depuis quelques jours, les musulmans vivent la période du ramadan, période du jeun ou carême, qui coïncide d'ailleurs avec le mois de la révélation du livre saint, le Coran. C'est le mois le plus important de l'année pour le musulman et il lui est demandé de vivre ce moment fondateur dans un esprit d'élévation spirituelle et intellectuelle pour rencontrer les valeurs essentielles prônées par l'islam et qui construisent notre commune humanité.

Ce mois d'appel au vivre ensemble, à la piété, à la solidarité et au partage vient d'être assombri par ce vendredi noir du 26 juin durant lequel la violence religieuse, qui prétend s'inspirer de l'islam, s'est encore manifestée. Elle a voulu s'illustrer sous l'effet d'une irradiation, d'une fragmentation, frappant en même temps dans différents continents, différentes parties du globe. Ainsi en France, en Tunisie, au Koweït, en Somalie, c'est le même aveuglement meurtrier: la violence extrémiste a encore frappé. Cette violence qui vient s'ajouter à d'autres qui ont tant secoué le monde souligne encore le dilemme, le paradoxe de l'islam. Le New York Times vient récemment, suite aux attentats racistes de Charleston, de révéler que le renvoi à l'islam n'avait pas le monopole du terrorisme dans le monde. Ce constat ne doit pas cependant occulter une grande interrogation. Comment une religion comme l'islam, qui énonce autant la paix, comment le livre saint et guide des Musulmans, le Coran, comment le modèle que constitue le Prophète Mohamed peuvent-ils être exploités comme des cautions pour poser des actions aussi barbares et pour justifier l'inadmissible, l'inacceptable? Car je l'avais souligné, dans mes commentaires sur les attentats du Charlie Hebdo, ces fanatiques, ces terroristes, ces djihadistes disent agir au nom de l'islam. Ils ne se réclament, d'aucune autre religion que de l'islam. Qu'est ce qu'il y alors dans le Coran et dans la jurisprudence islamique qui puissent inspirer de telles actions? Voilà une question de fond à laquelle, nous les musulmans, nombreux qui avançons que la lecture des djihadistes n'est pas l'islam, nous devons répondre.

Soulever cette question difficile ne doit pas être considéré comme une trahison, comme une hérésie. Les musulmans doivent avoir l'audace de l'assumer et de répondre de l'intérieur. Le philosophe français Balibar me semble viser juste lorsqu'il dit qu'à cette violence djihadiste, les musulmans doivent répondre par une critique théologique, une réforme du sens commun qui fasse du djihadisme une contre vérité aux yeux de l'islam. Rejeter à partir de la volonté même du texte cette violence djihadiste revient à permettre la rencontre de la foi et de la raison. Car Allah est raison. Il est vérité qui surgit de la raison, non d'une résignation ou d'une paresse de la foi. Il est dit dans le Coran que la parole divine a été révélée afin que nous raisonnions. La raison ne peut autoriser la violence aveugle des djihadistes et de l'État islamique.

En Afrique, on dit qu'un arbre qui tombe fait du bruit alors que celui qui pousse se dresse lentement et silencieusement. Le vacarme de la violence djihadiste, sa stratégie du spectacle, son sens de la médiatisation, de la guérilla urbaine, du harcèlement continuel et de l'installation de la psychose sont, selon moi, les signes d'une panique, d'un animal aux abois. Sous ce bruit se cache un ennemi qui sent qu'il perd du terrain et qui réalise qu'une volonté mondiale se dresse pour lui dire non. En effet, un contre discours musulman, une éthique musulmane du pluralisme, une interprétation rationnelle et contextualisée, un islam de l'égalité et de la démocratie sont en train de prendre le dessus. Le monde musulman et celui non musulman ont ensemble le défi d'une alliance des civilisations pour vaincre l'ignorance, l'obscurantisme et le déni de la raison.

J espère que ce mois du ramadan donnera l'occasion, dans notre région, d'un repas collectif de rupture du jeun, un iftar autour de «l'islam à table» pour échanger sur les raisons multiples que nous avons de vivre ensemble.

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