Un modèle primordial

Le producteur agricole régional Raymond Rouleau.... ((Archives Le Quotidien))

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Le producteur agricole régional Raymond Rouleau.

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Raymond Rouleau
Le Quotidien

La gestion de l'offre fut mise en place afin d'assurer l'équilibre dans les rapports entre les producteurs et les acheteurs. Elle permet d'encadrer la production et la mise en marché des produits afin de maintenir la production locale, éviter les surplus et le gaspillage et s'assurer que les producteurs reçoivent un juste prix qui soit abordable pour les consommateurs.

Plus de 35 groupes de producteurs agricoles, forestiers et de pêcheurs ont opté pour cet outil. Cette loi a grandement contribué au développement et à la prospérité du secteur agroalimentaire. Ce modèle de gestion a séduit les producteurs des dix provinces si bien que le lait, les oeufs et la volaille de tout le pays sont maintenant sous gestion de l'offre avec limitation des importations et barrières tarifaires quand la production locale est suffisante. La théorie du libre-échange estime qu'en supprimant les barrières et les réglementations nationales susceptibles de restreindre les importations de biens et de services, cela aura pour effet d'augmenter la richesse de chacune des nations participantes et d'augmenter la puissance et la profitabilité du commerce. Le premier ministre Mulroney a sonné la charge en signant en 1988 le premier accord de libre-échange avec les États-Unis. Les ententes du genre se sont multipliées. Sauf que les promesses ne sont pas toutes au rendez-vous, les dommages collatéraux sont difficiles à prévoir. Comme une image vaut 1000 mots: abandonner la gestion de l'offre signifierait qu'on mettrait en compétition la ferme familiale de 50 vaches de St-Prime, qui doit absorber des coûts de production plus élevés dû à l'économie d'échelle et sa nordicité, avec la ferme de 1000 vaches située en Iowa. Demain matin on aurait de la difficulté à repérer d'où vient le lait que l'on boit et s'il correspond aux mêmes exigences exigées à nos producteurs locaux. Sans considérer toute la multifonctionnalité de l'agriculture locale et sa contribution à la vitalité du tissu social et aux emplois, à l'occupation du territoire. On paierait notre lait moins cher? Le Gatorade est aussi plus cher au Canada qu'aux États-Unis et il n'y a pas de gestion de l'offre pour le Gatorade! Il y a les fameux quotas qui briment la liberté de la relève d'entrer dans ces productions? L'effort à consentir afin de permettre une gestion responsable qui assure aux consommateurs des aliments sains, de qualité à un prix stable, en minimisant les efforts à consentir par l'État afin de soutenir le développement des filières, tout en favorisant une agriculture pratiquée par des gens de métier animés par des valeurs, s'élèvent au-delà des intérêts financiers et prennent en compte la responsabilité sociale.

Le président et chef de direction chez Saputo, l'un des plus importants transformateurs laitiers au monde, affirme que «la gestion de l'offre bénéficie aux transformateurs en raison de la stabilité des approvisionnements et des prix.» La crise du lait en Europe résulte en partie de la crise économique, mais aussi de l'abandon des quotas et de la dérégulation des marchés laitiers. D'où le bras de fer qui se poursuit entre l'État et les producteurs pour bonifier les instruments de régulation afin de raffermir le prix du lait à la ferme.

Dans son rapport «Vue d'ensemble du système agricole et agroalimentaire canadien 2014», le gouvernement du Canada qualifie le secteur agricole incluant la gestion de l'offre de «composante moderne, complexe, intégrée et concurrentielle sur le plan international. Un système résilient qui relève continuellement les défis auxquels il fait face en s'adaptant à l'évolution des exigences des consommateurs, aux progrès technologiques et à la mondialisation». Il apparaît clair que le fédéral, dans l'intérêt de l'économie canadienne, doit adopter une position ferme et ne consentir aucun accès supplémentaire à nos marchés sous gestion de l'offre. L'exemple du secteur culturel pourrait être repris alors qu'on a instauré «l'exception culturelle», disposition reconnue en droit international qui vise à faire de la culture une exception dans les traités internationaux entérinée par 117 pays. D'autant plus que l'agriculture et l'alimentation constituent des éléments qui contribuent à façonner la culture des peuples.

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