Magasiner hors du nuage...

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Joël Martel
Le Quotidien

Ça a commencé par des amis à moi qui me parlaient régulièrement du Petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon. Et puis, bien que je ne m'en sois pas si mal sorti dans les cours de philosophie au cégep, j'ai fini par me dire qu'une petite mise à jour ne me ferait certainement pas de tort.

Alors voilà, par un beau lundi matin, j'ai eu ce flash: je pourrais me dégotter ce bouquin.

Or, c'est là que tout ça m'a frappé: on les achète où nos bouquins en 2015?

Eh ben, vite comme ça, à Alma, le choix est le suivant: il y a une librairie et sinon, il y a le Wal-Mart. Bordel... Pour le premier, c'est bien parfait, mais pour le deuxième, est-ce qu'on peut s'entendre que ce n'est pas au Wal-Mart qu'on va se laisser attirer par une réédition de l'Apologie de Socrate?

Et puis, si on va au-delà des livres tout en demeurant dans le rayon des biens culturels, ça ne va guère mieux en matière de musique!

Maintenant, pour dire vrai, en tant que mélomane boulimique, ça a un impact plutôt inexistant sur mes habitudes étant donné que la quasi-totalité de ce que je consomme est dans le "nuage" ou en téléchargement, mais en ce qui concerne le monsieur ou la madame qui aime acheter des CD pour les écouter dans sa voiture, tout ça commence à ressembler à un cauchemar.

Et là, j'imagine que je ne vous apprends rien, mais si jamais vous vous prêtez au jeu de vous magasiner un CD dans un Wal-Mart, on est vraiment loin de l'expérience d'autrefois chez un bon vieux disquaire.

Tout d'abord, en matière de choix, on ne peut pas être plus dans le générique. Il y a cette section où on tente vous vendre toute la merde qui "spinne" en boucle à la radio à grands coups de machines promotionnelles et sinon, il y a ces "classiques" où Madonna doit cohabiter avec Kurt Cobain qui doit cohabiter avec les Backstreet Boys. Vous voyez le genre?

Évidemment, on peut presque en rire, mais à la fin, ça peut quand même devenir légèrement angoissant. Parce qu'en délaissant le marché des biens culturels à de grandes chaînes pour lesquelles la culture est un bien parmi d'autres, on y perd tout. Et là, je pense notamment au client de tous les jours qui a soif d'entendre quelque chose qui se situe en marge de ce qu'on tente régulièrement de nous gaver de force dans les oreilles.

Et puis, sans vouloir jouer au prophète de malheur, la situation risque fort bien de s'aggraver. On a qu'à penser à l'acquisition de la chaîne Archambault par Renaud-Bray pour se faire une idée de ce qui nous pend au bout du nez.

Ce qui est encore plus déroutant dans tout ça, c'est qu'au rythme où vont les choses, il y aura de plus en plus de municipalités où il sera pratiquement impossible de se procurer des biens culturels en format physique. Par exemple, il y a quelques semaines, je parlais avec un couple d'amis qui habitent à Jonquière. «Il n'y a même pas de Wal-Mart à Jonquière, que Claude m'a dit. Alors à moins d'aller dans le "rack" à disques du Jean-Coutu, où est-ce que je tu veux que je m'achète un CD.»

On ne parle quand même pas de Saint-Titi-du-Front-Huilé-de-Beausoleil là. On parle ici de Jonquière.

Mais ce qui est le plus navrant dans tout ça, c'est qu'en perdant tous ces commerces locaux dédiés à la vente de biens culturels, on perd peu à peu cette joie de se faire surprendre en errant parmi les livres et les disques. Ces ballades où soudainement, une pochette de disque ou de livre nous attire.

Désormais, on nous dicte quoi découvrir. Ne nous reste plus qu'à souhaiter avoir de bons amis autour de soi qui nous guideront vers de grandes découvertes. Et puis si tel n'est pas le cas, il y a toujours la pharmacie. Semblerait qu'on y trouve de tout. Même un ami.

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