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Québec songe à imposer une consigne notamment sur les bouteilles de vin vendues à la SAQ.

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Nicole Huybens
Le Quotidien

Québec songe à imposer une consigne notamment sur les bouteilles de vin vendues à la SAQ. Bonne ou mauvaise idée? Cette éventualité a fait couler beaucoup d'encre au cours des dernières semaines. Aujourd'hui, Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets et Nicole Huybens, professeur en éco-conseil à l'UQAC, abordent le sujet.
Le verre est fabriqué à partir de silice que l'on trouve en abondance sur la terre: c'est du sable. Sa fabrication produit des gaz à effet de serre et son transport aussi. En fin de vie il prend de la place dans les sites d'enfouissement, cependant, il est inerte et ne pollue pas l'eau, le sol et l'air. La consigne permet de réutiliser les bouteilles si l'on trouve un débouché, peu évident dans le cas des bouteilles de vin au Québec: nous buvons du vin embouteillé partout dans le monde. Retourner les bouteilles vides en France, au Chili ou en Australie génèrerait de nouvelles émissions de gaz à effet de serre.

D'un point de vue économique, le verre est bon marché et la valeur de revente du matériel usagé est faible. Les bouteilles de vin ont des formes et des couleurs différentes, contrairement aux bouteilles de bière qui sont plus uniformes. Les producteurs ne reprendraient que les leurs, ce qui imposerait un tri très dispendieux. Recyclés ensemble, le verre coloré et le verre blanc mélangés ne donnent jamais de verre blanc.

La consigne a un coût nul pour le consommateur sauf si le revendeur inclut les frais de manutention et d'espace dans la vente du vin. Mettre une consigne sur les bouteilles pour leur faire suivre par après le chemin du recyclage semble a priori peu raisonnable. Cependant dans le bac bleu, tous les déchets recyclables sont mélangés, ils se contaminent l'un l'autre et constituent des matières de très piètre qualité, plus difficile à valoriser.

D'un point de vue éthique, il faut considérer la responsabilité humaine en lien avec la nature. On considère alors qu'il est de notre devoir de n'utiliser que ce dont nous avons besoin et de laisser le moins de déchets possibles dans les sites d'enfouissement qui dureront ainsi le plus longtemps possible. La consigne est une mesure efficace pour récupérer le verre: le consommateur a plus tendance à rapporter ses bouteilles pour récupérer le prix de la consigne. De plus, le distributeur ne récolte que le verre, le rendant ainsi plus facile à valoriser sur le marché du recyclage. Enfin, l'existence de filière de consignes pourrait créer quelques emplois, ce qui serait un argument en faveur de ce système.

Il reste encore le point de vue des préférences individuelles. On peut vouloir à la maison se simplifier la vie et éviter de multiplier les espaces nécessaires au tri recyclage, à la consigne, au compost et à la poubelle normale. On peut vouloir aussi être très cohérent avec des valeurs proclamées et considérer que cette organisation à mettre en place fait partie de la responsabilité de chacun. En Belgique notamment et surtout en Allemagne et en Autriche le verre est recyclé par couleur, ce qui exige un tri méticuleux à la maison.

Rien n'est simple quand on accepte de voir une problématique sous tous ses aspects. Et il n'y a pas de décision unique, optimale, univoque et unanime pour résoudre un problème complexe! Il importe de choisir consciemment les raisons pour lesquelles un choix paraît plus désirable qu'un autre.

En ce qui me concerne, je souhaite une responsabilisation maximale des consommateurs et je considère que la consigne malgré son petit impact environnemental serait un bon choix. Le fait que ce choix permette de donner du travail à quelques personnes est aussi intéressant, même s'il augmenterait probablement de quelques cents le prix de chaque bouteille de vin. Il s'agit d'une activité supplémentaire par rapport à la facilité de la mise en décharge, elle va inévitablement induire des coûts et de l'organisation. Nos déchets coûtent de plus en plus cher, nous devrions en produire de moins en moins.

Nicole Huybens, professeur en éco-conseil à l'UQAC

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