Souriez en permanence...

«Sinon, j'ai aussi de la difficulté à comprendre... (Photothèque La Presse)

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«Sinon, j'ai aussi de la difficulté à comprendre qu'à une époque où on peut entrer en contact aussi rapidement avec son voisin d'en face qu'avec un ami en Chine, j'aie dû, comme bien d'autres internautes, assister de façon impuissante à la détresse de cette personne.»

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Joël Martel
Le Quotidien

Outre les chroniques que j'ai l'honneur de signer ici, je gagne principalement ma vie en effectuant de la rédaction web. Pour vous faire une histoire courte, mon boulot est d'écrire un tas de trucs très légers sur différents sites afin de générer une tonne de clics.

Il y a quelques jours, dans l'océan de trucs qu'on peut publier dans une journée, nous avons récupéré un texte à propos du suicide. Grosso modo, c'était une espèce de message écrit maladroitement et peu philosophique dans lequel on décortiquait les impacts du suicide parmi nos proches. Bien que le texte ne pouvait aucunement prétendre à un prix Nobel de la littérature, celui-ci se concluait sur une note très positive qui rappelait l'importance de profiter de la vie et de ne jamais baisser les bras. J'imagine que vous voyez le style.

Mais voilà qu'en fin de soirée, un internaute m'a contacté via la page Facebook d'un des sites dont je m'occupe pour m'informer qu'une dame avait laissé de nombreux commentaires qui faisaient sérieusement craindre pour sa vie. La femme répétait qu'elle était au bout du rouleau, qu'elle n'en pouvait plus et qu'elle n'était même plus capable de supporter ses enfants. Et là, bien que de nombreux internautes avaient tenté de raisonner la pauvre femme, celle-ci n'entendait pas à laisser la lumière entrer à nouveau dans sa vie. Pour dire vrai, il y avait quelque chose de tristement définitif dans les propos qu'elle tenait.

J'ai donc contacté le Centre de prévention du suicide afin de savoir ce qui pouvait être fait afin de lui venir en aide. La sympathique intervenante m'a donc partagé son désarroi en m'expliquant qu'aucun effectif existait afin d'intervenir directement par l'entremise des réseaux sociaux. Manque de budget je présume. Nous avons donc conclu ensemble qu'il serait préférable de contacter la police.

À la Sûreté du Québec, nos recherches ont révélé que la femme en question semblait habiter en Belgique. Comme ce cas était à l'extérieur de la juridiction de la SQ, l'éventualité d'avertir Interpol a été abordée, or à ce que j'ai compris, l'opération semblait trop laborieuse. J'ai donc tenté en vain de contacter des personnes qui semblaient connaître la personne visiblement en détresse.

J'ignore encore pour le moment ce qu'il advient de cette dame.

Disons-le, à une époque où une importante partie de nos communications se font désormais par l'entremise des réseaux sociaux, je ne peux pas comprendre que des outils adaptés ne soient pas à la disposition des intervenants. Il va bien falloir un jour ou l'autre y songer. Des organismes comme les équipes de travail de rue sont déjà très actifs sur les réseaux sociaux et la méthode semble considérablement porter fruit.

Sinon, j'ai aussi de la difficulté à comprendre qu'à une époque où on peut entrer en contact aussi rapidement avec son voisin d'en face qu'avec un ami en Chine, j'aie dû, comme bien d'autres internautes, assister de façon impuissante à la détresse de cette personne.

Évidemment, il ne faudrait pas non plus que les autorités profitent de ce filon afin de nous surveiller davantage, car depuis l'adoption de la loi C-51, on baigne dans un véritable cauchemar paranoïaque. Et d'ailleurs, si vous l'ignoriez, je vous conseille de garder le sourire en permanence parce qu'on vous surveille probablement à l'heure actuelle. Semble-t-il que c'est pour votre sécurité.

C'est quand même ironique tout ça, en sachant que malgré des mesures de sécurité orwelliennes, une personne qui pourrait porter atteinte à sa propre vie puisse passer sous le radar d'un tel programme totalitaire.

Nous vivons décidément dans une triste époque formidable...

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