Vraies valeurs, vrais symboles

L'évêque de Chicoutimi, mgr André Rivest.... ((Archives Le Quotidien))

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L'évêque de Chicoutimi, mgr André Rivest.

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Le Quotidien

Depuis le jugement de la Cour suprême, il y a quelques semaines, interdisant au Conseil municipal de Saguenay de prier au début de ses assemblées publiques, tout en refusant de se prononcer sur la présence d'un crucifix et d'une statue, il est apparu évident que le débat sur la présence des symboles religieux dans l'espace public québécois était relancé.

Même si le gouvernement du Parti québécois a été défait aux dernières élections provinciales, son projet de Loi 60 (Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l'État ainsi que d'égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d'accommodement), forcément mort au feuilleton, continue d'être vivant comme le feu sous la cendre. Le feu s'est donc rallumé et le débat est ré-ouvert.

Je me permets d'apporter ma contribution sur cette question largement discutée dans nos milieux. J'apporte ma réflexion tout en ayant l'intuition personnelle que la majorité des Québécois et des Québécoises, celle qu'on appelle «Monsieur et Madame tout-le-monde», tient à être respectée dans ses valeurs les plus profondes, notamment celles qui sont exprimées à travers la présence des symboles de sa foi chrétienne dans l'espace public. Pour être cohérent dans ce débat, il faut aussi comprendre que les symboles religieux tiennent compte non seulement du passé de ceux et de celles qui ont construit le Québec sur la base des valeurs judéo-chrétiennes, mais aussi du fait que la foi demeure une réalité vivante et agissante dans notre présent. Ce n'est donc pas qu'une question d'ordre patrimonial, comme s'il fallait conserver les symboles religieux dans les archives ou dans les musées.

Par respect pour la population québécoise actuelle et pour ses racines historiques, il faudra donc qu'elle soit largement consultée, et, il faut y insister, qu'elle ne soit pas manipulée par qui que ce soit. L'enjeu est d'une telle importance qu'il faudra consentir à prendre le temps nécessaire. Nous devrons nous attarder à éliminer certaines confusions de langage pour que nous puissions mieux nous comprendre. Le choix des mots est important ici. Je pense, par exemple, aux mots «laïcité» et «neutralité».

Il est souhaitable que le Québec d'aujourd'hui se donne des institutions «laïques». L'Église, d'ailleurs, le reconnaît: il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mc 12, 17). La notion de laïcité s'applique à l'État et à ses institutions, mais non à la société. Cette dernière inclut maintenant des personnes d'appartenances religieuses très diverses. La société est ainsi pluraliste, et non pas laïque. Une Charte des valeurs québécoises ne doit pas avoir comme objectif d'empêcher les manifestations de ce pluralisme religieux, mais doit servir d'outil permettant un vivre ensemble harmonieux.

Le défi consiste à aménager nos espaces publics de manière à ce qu'ils soient caractérisés par l'ouverture et l'accueil, dans le respect mutuel, des valeurs et des croyances de chacun et de chacune. Il y a aussi la notion de neutralité qui porte à confusion. La neutralité religieuse de l'État, qui est un pilier essentiel d'une laïcité authentique, signifie que l'État ne favorise ni ne défavorise aucune religion: il n'a ni parti pris favorable, ni parti pris défavorable, en matière religieuse, il est neutre. «Il ne peut pas plus y avoir un athéisme officiel qu'une religion officielle», disent les évêques du Québec dans Catholiques dans un Québec pluraliste (nov. 2012)

Une chose est sûre: devant la complexité du débat à réaliser dans notre Québec pluraliste, la réflexion sur nos valeurs fondamentales doit se faire. Il nous faut bien clarifier quelles sont les véritables valeurs qui nous identifient comme peuple québécois et quels sont les symboles religieux identitaires qu'il nous faut absolument préserver, pour rendre compte de la vérité historique et de la religion de la majorité chrétienne. Et cela, tout en préservant la liberté de religion de tous et de toutes.

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