À toi, Joël du futur

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Joël Martel
Le Quotidien

Il y a longtemps de cela, alors que j'étais encore tout jeune et que j'avais la vie devant moi, ma mère me répétait souvent que je n'étais pas obligé de faire constamment mon comique.

Mais bon, comme j'étais à cet âge glorieux de l'adolescence où tout ce qu'on a pour épater la galerie, c'est notre physique ou notre personnalité, je n'avais pas vraiment le choix de miser sur la deuxième option. Alors voilà, chaque fois que j'en avais l'occasion, je sortais mes meilleures blagues en souhaitant que les gens m'apprécient et se disent: «Il est trop cool ce gars-là.»

Pour être bien franc avec vous, j'ai longtemps pensé que je m'en étais plutôt bien sorti. Même que depuis près de 20 ans, je vivais avec cette conviction que j'avais réussi mon adolescence.

Mais ça, c'était avant il y a quelques jours...

Voyez-vous, comme à tous les soirs, je suis allé passer un moment dans mon garage à gratter ma guitare et à fumer et pour une raison inconnue, je me suis mis à fouiller dans une vieille boîte de souvenirs qui traînait là. Il faut savoir qu'au début, l'exercice avait un petit quelque chose de Proustien. Par exemple, il y avait cette petite brosse brune avec laquelle j'arrangeais toujours mes cheveux lorsque j'étais haut comme trois pommes et en la prenant dans ma main, j'ai remarqué que le manche était tout mordillé et ça m'a subitement rappelé notre chien Frimousse qui s'était pris d'affection pour elle.

Il y avait aussi ce sac de confettis qui n'a jamais été ouvert et que j'ai traîné toute ma vie sans savoir pourquoi et surtout, sans savoir pourquoi il a atterri dans mes trucs.

L'album

Mais il y avait aussi... mon album des finissants. C'est à ce moment précis que ce beau voyage à la recherche du temps perdu s'est soudainement transformé en une désolante odyssée au coeur de ma médiocrité.

Tout d'abord, il y avait ce message que j'avais écrit à l'attention des étudiants. Car voyez-vous, ce n'est pas d'hier que la démocratie donne souvent des résultats douteux. Ouep. Parce que oui, on m'avait élu en tant que président du secondaire 5.

Alors il y avait ce mot dont j'avais conservé un souvenir très fantasmé dans lequel je m'étais imaginé que ma plume avait alors laissé deviner un auteur fort prometteur à l'humour intelligent et aux propos brillants. Mais non. Et là, vraiment non. J'ai eu beau chercher en le relisant trois fois, tout ce que ce texte contenait, c'était un lot infini de blagues merdiques qui baignaient dans un vide intersidéral.

Mais bien que la tragédie aurait pu s'arrêter là, il restait toujours ma fameuse fiche de finissant. Vous savez, celle où vous répondez à un tas de questions et où c'est votre chance ou jamais de laisser une bonne dernière impression à tous vos amis? Eh bien, vous l'aurez deviné, ici encore, j'ai glorieusement échoué. Et là, même pas dans le sens de «j'étais tellement pas drôle que c'en est quand même cute». Non. Dans le sens de «quel être tout simplement minable».

Introspection

J'ai ensuite sombré dans une longue introspection dans laquelle je me disais que j'avais heureusement évolué dans la vie. Et puis ça m'a frappé: mais qu'est-ce que le Joël de 2035 pensera de moi?

Eh bien, je ne te souhaite qu'une chose «Joël du futur». Si jamais tu relis cette chronique, j'espère que tu me trouveras insignifiant et prétentieux. Cela voudra peut-être dire que je me porterai mieux.

Et enfin, j'aimerais dire à ma maman qu'elle avait raison. En effet, la vie se charge déjà assez bien de nous faire passer pour un con qu'on n'a même pas besoin de faire d'effort.

Mais ça valait bien un diplôme d'études secondaires à la fin.

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