Une vision mercantile

Gabrielle Simard, présidente du MAGE-UQAC abordent ce sujet... ((Archives Le Quotidien))

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Gabrielle Simard, présidente du MAGE-UQAC abordent ce sujet brûlant.

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Gabrielle Simard
Le Quotidien

L'une des conceptions véhiculées largement au sein du débat public actuel est celle que l'université et le parcours universitaire visent la production d'une main d'oeuvre qualifiée et, conséquemment, que les étudiants «investissent» dans le développement de leur formation dans une visée de rentabilité individuelle avec l'obtention d'emplois mieux rémunérés. Il s'agit d'une interprétation réductrice de la mission fondamentale de l'Université d'être un observateur avisé de la société et un terreau fertile pour la réflexion sur les divers enjeux futurs de la société tout en inculquant un esprit critique aux citoyens qui la fréquentent.

S'appuyant sur cette vision mercantile, plusieurs commentateurs et administrateurs universitaires s'en prennent au mouvement de contestation initié par les étudiants et largement repris dans le monde syndical et communautaire contre les mesures d'austérité imposées par le gouvernement libéral. Afin d'étouffer ce mouvement de protestation s'articulant comme un contre-pouvoir, certains individus et administrations ont eu recours, dans les dernières années, aux tribunaux. Or, il est malsain au sein d'une société qui se réclame de la démocratie de faire intervenir le judiciaire afin de museler un mouvement visant un débat de société plus large. Que l'on soit en faveur ou non des moyens utilisés, l'ensemble de la société devrait se féliciter de voir que l'université résiste à la dérive utilitaire qu'on tente de lui inculquer à grands coups de coupes budgétaires et qu'elle parvient tout de même à développer l'esprit critique des étudiants au point de les voir s'organiser pour s'objecter à des mesures qu'ils considèrent nocives pour l'ensemble de la société civile. Rappelons qu'à sa création, Claude Ryan, père de la Loi 32 en vertu de laquelle les associations étudiantes sont accréditées, stipulait le caractère inaliénable du droit à la grève des étudiants. C'est du moins ce que laissent entendre les discussions entourant son adoption en 1983, relatées dans les journaux des débats de l'Assemblée nationale. À l'époque, le député libéral Claude Ryan en appelait même à ce que le droit de poursuivre toute fin que «ses membres veulent démocratiquement lui donner» soit reconnu aux associations étudiantes, de manière à fermer «la porte à des injonctions et à des contestations de toutes sortes qui mettront bien plus de désordre et d'instabilité qu'elles n'apporteront de solutions».

Les débats actuels au sujet d'un encadrement de ce droit cachent toutefois la raison d'être du mouvement étudiant. Le rôle du mouvement étudiant, et plus largement des associations étudiantes, est de permettre la tenue de débats démocratiques et sains parmi la communauté étudiante. Lieux de rassemblements essentiels, les diverses instances des associations étudiantes, notamment les assemblées générales, permettent aux étudiants de venir confronter leurs idées afin d'en faire ressortir quelque chose de plus fort, une conscience de l'importance du débat sur les enjeux futurs auxquels la société dans laquelle ils sont appelés à intervenir sera confrontée.

L'apprentissage de la démocratie et de la vie en société qui se fait lors des assemblées est un ajout inestimable au parcours scolaire traditionnel. Le choix de la grève est un sacrifice pour une cause qui va au-delà des intérêts des étudiants mais qui sert l'intérêt collectif. Le droit de grève est plutôt un moyen mis à la disposition des étudiants afin de manifester leur désaccord envers certaines politiques ou situations qu'ils jugent nuisibles pour la société. L'attitude paternaliste employée par certains envers les étudiants, et plus largement le mouvement étudiant, témoigne d'une tentative de nier la capacité des étudiants d'agir en citoyens responsables. Refuser à sa jeunesse son droit à s'exprimer n'est pas le signe d'une société en santé et qui se soucie de son avenir. La prospérité d'une société se mesure au-delà de colonnes de chiffres.

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