Éviter les vieilles ornières

L'historienne et ancienne armurier Russel-Aurore Bouchard.... ((Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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L'historienne et ancienne armurier Russel-Aurore Bouchard.

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Russel-Aurore Bouchard
Le Quotidien

La portion québécoise du registre des armes à feu sera finalement détruite, ainsi en a décidé la Cour suprême. Voilà une bonne chose de réglée!

Et qu'on ne vienne pas me dire que le Québec s'entêtera à retomber dans les mêmes travers démagogiques pour reproduire, à prix d'or, la même erreur magistrale. Jamais loi plus contraire aux valeurs intrinsèques du Québec et du Canada n'avait été votée par un Parlement depuis la Conquête anglaise de 1760! Elle contrevenait aux principes même de la liberté et de la démocratie sur lesquels a été fondé notre pays et, pernicieusement, elle faisait des propriétaires légitimes d'armes à feu des criminels en devenir. Une loi infecte, vous dis-je! Une injustice démesurément onéreuse qui a porté préjudice à une multitude d'honnêtes citoyens, une déloyauté étatique fort heureusement corrigée par le gouvernement Harper.

Dans le contexte, on ne me reprochera certainement pas de rappeler qu'à l'époque, les politiciens réactionnaires du pays (PQ, PLQ et PLC confondus) et le mouvement féministe québécois avaient récupéré insidieusement les événements de la Polytechnique pour passer une loi scélérate qui plaisait bien à Montréal, Toronto et Vancouver, une loi inique qui piétinait ainsi nos droits historiques fondamentaux et criminalisait les régionaux au nom d'une fausse vertu. Diviser pour régner, l'adage est bien connu; le rat de la ville contre le rat des champs, Montréal contre les régions, les femmes contre les hommes, les esprits vertueux contre l'esprit même de la liberté dans laquelle ceux et celles de ma génération ont été élevés, éduqués, et nourris.

Contrairement au reste du Canada, qui a raison de nous faire la leçon en terme de démocratie sur cette question historique fondamentale, depuis la triste affaire de la Polytechnique, le Québec s'est dangereusement avancé dans le portique d'un État policier. Un État à la pensée unique et sans contre-discours, un État radical où les chefs des différents corps de police bafouent désormais le principe de base de la séparation des pouvoirs en s'ingérant publiquement et contre nature dans le débat politique pour influencer à la fois les lois et la jurisprudence. Quand le judiciaire fait chambre commune avec le législatif et l'exécutif, il y a péril en la demeure et les citoyens ont intérêt de s'en inquiéter.

Les États-Unis ont corrigé l'erreur de la prohibition qui a favorisé la naissance du crime organisé, et les Canadiens viennent de corriger, à leur façon, l'erreur du registre des armes d'épaule qui favorisait le marché des armes vendues illégalement. Qu'à cela ne tienne! Apprenons de nos erreurs et n'y remettons plus les pieds puisque cela est contre-productif à tous égards. Jusqu'à maintenant, je n'ai rien dit contre la politique d'austérité que nous sert le gouvernement Couillard depuis son élection. Mais ne vous méprenez pas sur mon silence, ce gouvernement aura ma voix citoyenne et mon vote contre lui s'il persiste contre toute logique et s'y aventure à nouveau. Assez c'est assez! Pas question de repayer pour remettre la roue dans la même ornière. D'autant plus qu'un tel registre, s'il venait à renaître de ses cendres, ne pourrait avoir ni les dents de la défunte loi fédérale (qui criminalisait la possession d'une arme d'épaule non enregistrée), ni l'efficacité, ni l'option morale en sa faveur.

Le peuple en a déjà plein les bottes avec les factures nouvelles à payer au nom de l'austérité. S'il fallait qu'il se mette à gaspiller, ne serait-ce qu'un seul million de dollars pour plaire aux convultionnaires du mouvement anti-armes à feu, je ne le prendrais pas. Mais pas du tout! Avec toutes les coupures que nous devons nous farcir aujourd'hui dans les services publiques; avec toutes les hausses de taxes et les hausses d'impôts déguisées qui appauvrissent la classe moyenne, je comprendrais alors que le prétexte d'austérité n'était qu'un prétexte mensonger -un de plus- pour enrichir les quelques privilégiés qui tirent les ficelles derrière les portes closes et qui profitent de notre appauvrissement collectif et individuel...

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