Stephen Harper, le justicier

Sébastien Lévesque, professeur de philosophie au Cégep de...

Agrandir

Sébastien Lévesque, professeur de philosophie au Cégep de Jonquière.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Sébastien Lévesque
Le Quotidien

À moins de six mois des prochaines élections fédérales, Stephen Harper est de toute évidence déjà en campagne électorale. Signe des temps, la machine conservatrice a cette fois-ci décidé de jouer à fond la carte de l'insécurité identitaire. On peut évidemment penser à la position du gouvernement Harper au sujet du port du niqab pendant les cérémonies d'assermentation, mais aussi au projet de loi C-51 sur le terrorisme.

Malgré les critiques de nombreux juristes de renom et d'éminents experts en la matière, il ne fait aucun doute à mes yeux que le premier ministre ira de l'avant et il y a fort à parier que ses prises de position lui permettront de gagner des points auprès d'un certain électorat, notamment au Québec.

Toujours dans le registre de l'obsession sécuritaire, Stephen Harper a récemment déclaré que l'usage d'une arme à feu pour «se défendre» était tout à fait légitime, voire banale, notamment «pour assurer un certain niveau de sécurité lorsqu'une assistance policière immédiate [n'est] pas disponible».

Ce genre de propos a certainement de quoi étonner celles et ceux qui ne sont pas des observateurs assidus de la scène politique fédérale. Les autres, cependant, n'y verront rien de plus que la continuité des politiques mises en place par monsieur Harper et son gouvernement depuis qu'ils ont été portés au pouvoir pour la première fois, en 2006.

C'est en effet à un véritable changement de culture politique que nous assistons. Pour les conservateurs, la loi et l'ordre sont de véritables obsessions. De la Loi sur les jeunes contrevenants jusqu'au retrait de la possibilité d'obtenir une libération conditionnelle pour certains types de criminels, Stephen Harper aime de toute évidence se présenter comme un véritable justicier (tout droit sorti du Far-west, aurait-on envie d'ajouter!). Et quoiqu'en disent certains observateurs, ce durcissement de ton n'est pas qu'électoraliste, il est aussi idéologique. C'est que l'idéologie conservatrice, en ce sens très proche de la pensée du philosophe anglais Thomas Hobbes, entretient une certaine méfiance à l'égard de la nature humaine. S'ils ne sont pas encadrés par une autorité politique forte, les individus risquent fort de sombrer dans la décadence.

Ce faisant, il ne faut alors pas s'étonner de constater qu'avec les conservateurs, le système de justice pénale canadien tend à être davantage axé sur la punition que sur la réhabilitation. «L'homme est un loup pour l'homme», disait justement Hobbes. Les fautifs doivent donc être corrigés sévèrement. Ceci nous ramène précisément à la remarque de M. Harper au sujet des armes à feu. Puisqu'ils sont potentiellement une nuisance (un danger) les uns pour les autres, les individus doivent se prémunir contre les agressions. Cet argumentaire est bien connu, surtout aux États-Unis, où le port d'armes est d'ailleurs protégé par la Constitution.

Dans le même ordre d'idées, considérant la position bien connue de son gouvernement au sujet du contrôle des armes à feu (pensons évidemment à l'abolition du registre des armes d'épaule), il va de soi que le premier ministre continuera de s'adresser à son électorat rural de l'Ouest canadien ainsi qu'aux lobbys pro-armes. Cela dit, ses propos m'apparaissent d'autant plus dangereux et irresponsables qu'ils reposent essentiellement sur des craintes irrationnelles. Mais Harper et les conservateurs savent très bien qu'il peut être politiquement rentable de jouer sur les peurs et les bas instincts de la population. Et ils ne vont certainement pas s'en priver.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer