Armes: une fausse sécurité

Me Charles Cantin.... ((Archives Le Quotidien))

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Me Charles Cantin.

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Charles Cantin
Le Quotidien

Les propos tenus par le premier ministre Stephen Harper au sujet des armes à feu et de la légitime défense ont suscité beaucoup de remous. Le criminaliste Charles Cantin et Sébastien Lévesque, professeur de philosophie au Cégep de Jonquière, abordent les enjeux reliés à ce débat.
Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, se pensait bien seul la semaine dernière au Congrès annuel de l'Association des municipalités rurale de la Saskatchewan.

Mais comme premier citoyen, l'écho de sa voix porta d'un océan à l'autre et comme une traînée de poudre dès le moment où il approuva le recours aux armes à feu pour les citoyens qui souhaitent se défendre contre une menace en l'absence de policier! Le gouvernement conservateur se tire dans le pied. La réaction post-déclaratoire est si virulente que l'on ne peut que conclure au minimum à une maladresse extraordinaire en pleine période préélectorale. Les critiques fusent de partout à l'endroit de ces propos inopinés. Même des chefs de police se dissocient de M. Harper critiquant le message de stimulation à l'endroit de ceux voulant appartenir à cette catégorie de «justiciers».

«C'est lourd de conséquences d'envoyer le message que vos armes peuvent vous protéger», a affirmé nul autre que Pierre Veilleux, président de l'Association des policiers provinciaux du Québec. À vrai dire, selon lui, cela va créer un «faux sentiment de sécurité» de croire qu'avec une arme à feu, vous êtes à l'abri. C'est à croire qu'il faut protéger le citoyen contre lui-même. À partir de quel moment serais-je légitimé de sortir mon arme? Sommes-nous à ce point menacés dans nos chaumières qu'il faille nécessairement prévoir un élargissement légal favorisant l'accès et l'acquisition d'une arme à feu? À qui le message profitera? Il est manifestement facile de déduire que cette adresse aux milieux ruraux revêtait un but électoraliste. Il n'y a pas si longtemps, en août 2104, le ministre fédéral de la Justice, Peter Mackay, s'associait ostensiblement à l'Association canadienne pour les armes à feu, organisme qui s'oppose à l'interdiction des armes d'assaut militaires, et qui favorise de s'armer pour se protéger, en arborant un t-shirt où il est inscrit «No compromise»! Un pas de plus et nous voilà au Far-west!

Ce qui nuit également au message conservateur réside dans ce populisme sécuritaire préconisé par la ligne de parti. Tellement de mesures coercitives et punitives pour se rendre populaire aux yeux d'un électorat ignorant les effets négatifs et aveuglants de ces moyens. Peines minimales injustifiées, limitation des sentences de détention en collectivité, restriction du pardon, restriction de l'obtention d'une absolution comme mesure sentencielle. Pas surprenant d'entendre notre gouvernement vanter les effets protecteurs d'un fusil à portée de la main à l'endroit de l'envahisseur potentiel comme message risquant de plaire à un électorat...

Dans l'état actuel des choses au Canada, bien peu de cas furent recensés où l'arme à feu eut constitué une fin justifiée. Mais là encore, ces rares cas ont conduit à des acquittements. L'affaire Parasiris en est une exception. Au niveau légal, au Canada et au Québec, tenir une carabine chargée prête à tirer pourra vous valoir une peine minimale de trois ans de pénitencier; donc le discours de légitime défense ne sera d'application que dans ces conditions très exceptionnelles.

Évidemment, la légitime défense s'inscrit dans la vertu et la survie. Elle est même enchâssée dans le Code criminel. Notre jurisprudence le reconnaît, nous l'avons claironné, que de se défendre et cela même armé est envisageable à des conditions spécifiques. Tout est une question de proportionnalité et de rapport de force.

Restons-en là M. Harper SVP et conservons ce devoir de réserve qui doit caractériser tout élu! Sachez qu'au Canada et à fortiori au Québec, il meurt plus de personnes par erreurs médicales que par armes à feu! Ciblons nos combats et mettons les priorités aux bons endroits.

Les gens auront toujours le droit de se défendre, nul besoin d'amener le bon peuple aux armes. Notre taux d'homicide est en constante diminution depuis 1976, curieusement depuis l'abolition de la peine de mort.

PS: merci, M. Harper de vous être «rétracté» depuis...

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