La restriction mentale

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L'Office national de l'énergie (ONÉ) du Canada procèdera bientôt à l'examen du projet de pipeline Énergie Est qui doit amener vers la côte atlantique, à travers le territoire québécois, plus d'un million de barils de pétrole par jour.

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

L'Office national de l'énergie (ONÉ) du Canada procèdera bientôt à l'examen du projet de pipeline Énergie Est qui doit amener vers la côte atlantique, à travers le territoire québécois, plus d'un million de barils de pétrole par jour.

Le processus d'analyse de l'ONÉ est un processus d'autorité fédérale qui transcende l'autorité provinciale. Le projet échappera donc à l'examen des impacts par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Malgré l'insistance des groupes écologistes et du réseau action-climat, l'ONÉ refuse d'examiner certains impacts de ce pipeline sur l'environnement, notamment l'augmentation des gaz à effet de serre qui résultera de la production de ce pétrole. On parle ici de l'ordre de 30 à 32 millions de tonnes de CO2 supplémentaires par année (http://www.pembina.org/media-release/2521). Cela correspond environ à 40% de l'ensemble de la production québécoise de gaz à effet de serre (GES). Bien sûr, l'acheminement du pétrole vers les marchés n'est pas directement responsable de la production de GES, mais il est légitime de croire que sans ce mode de transport, l'extraction du bitume et la production de pétrole en Alberta serait moins compétitive par rapport aux marchés mondiaux.

Plus près de nous, le projet de la minière Arianne Phosphates au Lac à Paul sera soumis à l'examen du BAPE, mais seulement pour la portion de l'exploitation et du transport du minerai. Le projet de port de Sainte-Rose-du-Nord, pourtant totalement inféodé au projet minier, ne fera pas partie du même processus d'analyse. Bien sûr, le promoteur sera Port Saguenay, une entité juridiquement indépendante de la minière et la construction des ports est de juridiction fédérale, mais il s'agit d'une infrastructure intimement liée à l'ouverture de la mine et au trajet routier décidé par Arianne Phosphates pour sortir le minerai.

Ce découpage des responsabilités entre le fédéral et le provincial, entre les promoteurs de l'extraction des ressources et les transporteurs, pose un problème fondamental. Si on veut réellement comprendre les impacts de certains projets sur l'environnement il faut les étudier dans leur ensemble. En effet, dans une approche de cycle de vie, on doit considérer les impacts environnementaux, économiques et sociaux, de l'extraction des ressources jusqu'à leur consommation et la disposition des déchets tout au long de la chaîne de valeur. C'est ce qu'on préconise dans une approche de développement durable. Procéder autrement relève de la restriction mentale.

Bien sûr, notre partage historique des responsabilités entre les divers paliers de gouvernement ne tient pas compte de ce genre de préoccupation et les promoteurs n'ont aucune obligation de faire les choses autrement. Cette restriction mentale est même encouragée par les politiciens, comme l'a démontré Philippe Couillard en disant son accord au pipeline sous prétexte que nous faisons partie de la fédération canadienne. Aux dires du premier ministre, cela nous donne la responsabilité d'accommoder le passage du pétrole sur notre territoire, malgré les réticences de la population et le peu de retombées économiques escomptées pour le Québec.

Les gaz à effet de serre n'ont pas de frontière. Une tonne de CO2 émise en Alberta aggravera les changements climatiques autant que si elle était émise au Québec ou en Chine. Alors que le Québec a un objectif de réduire de 20% ses émissions de GES d'ici 2020, le pipeline permettra d'augmenter les émissions de l'Alberta du double de ce que nous aurons réduit. La restriction mentale tue la logique du développement durable.

Claude Villeneuve remet son cachet au fonds de développement de l'UQAC

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