Hôpital blues

Alors voilà. Il y a quelques semaines, je... ((Archives Le Quotidien))

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Alors voilà. Il y a quelques semaines, je me suis rendu à Montréal pour un court périple et puis hop, je me suis littéralement pété la gueule.

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Joël Martel
Le Quotidien

Alors voilà. Il y a quelques semaines, je me suis rendu à Montréal pour un court périple et puis hop, je me suis littéralement pété la gueule.

Pour ceux et celles qui ont la fâcheuse habitude de me lire une fois de temps en temps, ça sera difficile à croire, mais je ne bois presque jamais. Je trouve que ça endort et je n'aime pas dormir alors... Bref, ce soir-là, j'ai bu trois ou quatre coupes de vin et puis j'ai tenté d'effectuer un déplacement qui s'est terminé par une chute désolante. Résultat: un menton qui a eu la vie dure et surtout, une mâchoire qui ne semble pas prête de ma pardonner cet incident.

Je m'étais rendu une première fois à l'hôpital, au lendemain de cette soirée spectaculaire et comme il était trop tard pour effectuer des points de suture, on m'avait retourné à la maison en me rassurant que je ne mourrais pas d'un empoisonnement du sang. Vous devinerez ici que je suis légèrement hypocondriaque.

Mais bon, plus de deux semaines après tout ça, la gueule me faisait toujours terriblement mal. Et puis juste pour faire grimper l'anxiété, j'ai eu la merveilleuse idée d'aller faire quelques recherches sur le web afin d'en savoir davantage sur la durée potentielle de ma convalescence et vous le devinerez une fois de plus, j'ai été soudainement plongé dans un océan d'inquiétude.

Deux semaines donc après ma première visite, je me suis alors résigné à me repointer à l'hôpital. En bon fin renard que je suis, j'avais apporté de la lecture avec moi, devinant que l'attente pourrait être interminable. Et quelle était ma lecture de salle d'attente? L'excellent bouquin d'Alain Vadeboncoeur intitulé Les acteurs ne savent pas mourir.

Et là, quand je vous dis «excellent», je pèse vraiment mes mots. Maintenant, sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, le gars écrit avec une plume chirurgicale, tout en faisant preuve d'une sensibilité admirable. Et c'est là indispensable, étant donné le propos assez difficile du livre.

Urgentologue de profession, Vadeboncoeur partage donc des tableaux qu'il a observés dans le cadre de son travail, les situations avec lesquelles il a à composer dans son quotidien, le parcours qui l'a mené jusqu'à la médecine mais aussi, son émouvante relation avec son père aujourd'hui disparu.

En lisant ce bouquin alors qu'on attend à l'urgence et qu'on voit tant de cas qui semblent pourtant urgents et qui doivent attendre comme vous, on réalise surtout qu'on ne peut jamais deviner ce qui se passe en coulisse. Derrière les portes closes de la salle d'attente, des hommes, des femmes ou même des enfants luttent peut-être pour leur vie. Et lorsque le médecin a enfin le temps de vous rencontrer, malgré le calme qu'il affiche, on ne peut même pas présumer de ce qu'il a pu accomplir quelques minutes auparavant.

Ironiquement, ce soir où je lisais cette oeuvre en patientant, la nouvelle concernant la jeune patiente Anne-Sophie Girard était sur toutes les lèvres. Une fois de plus, sans même qu'on ait eu droit à la version de l'Hôpital d'Alma, tout un chacun semblait déjà prêt à maudire l'établissement. C'est là, à mon humble avis, un sort indigne que l'on réserve à des travailleurs qui accomplissent chaque jour de petits miracles.

Maintenant, ça ne serait peut-être pas une bonne idée de laisser traîner quelques exemplaires de Les acteurs ne savent pas mourir à des fins de consultation dans les salles d'attente des urgences? Comme ça, les gens ne verraient pas le temps passer et surtout, il saurait reconnaître la chance de pouvoir compter sur des professionnels dévoués.

Mais avec tout ça, j'a toujours mal à la gueule moi

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