Ce n'est pas du jogging

Parce que même si le système a bien... ((Archives Le Quotidien))

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Parce que même si le système a bien des défauts, je le préfère aux procès cheapettes sur Facebook et aux opinions débiles qu'on façonne d'un seul claquement de doigts.

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Joël Martel
Le Quotidien

Je vous dis ça en toute humilité, mais je trouve qu'on a la gâchette pas mal facile...

Le truc, c'est qu'à une époque pas si lointaine que ça, nous n'avions pas le choix d'avoir un certain recul sur tout ce qui se passait autour de nous. Ainsi, on avait beau être témoin de la plus épouvantable des catastrophes, on ne pouvait pas immédiatement crier sur tous les toits ce qu'on en pensait, comment on se sentait et bla-bla-bla.

Maintenant, la technologie dont nous disposons nous a plongés dans le temps réel. En fait, la technologie nous permet tellement de tout commenter en temps réel qu'il arrive très fréquemment qu'on commente avant même d'avoir eu le temps de formuler notre commentaire.

Et quand je vous dis ça, il y a tout de suite un exemple significatif qui me vient en tête. Vous vous rappelez certainement de la fusillade au Charlie Hebdo en janvier dernier? Du coup, vous avez sûrement en mémoire cette vidéo troublante où l'on voyait un des tireurs exécuter un agent de police dans la rue? Eh ben, quelques heures après la publication de ladite vidéo, l'homme qui avait croqué sur le vif cette scène avait dû répondre à de nombreuses critiques quant à la diffusion de celle-ci sur le web. Il s'était évidemment excusé d'avoir agi ainsi, mais ce qui m'avait le plus frappé, ce fut sa réponse lorsqu'on lui demanda pourquoi il avait publié cette vidéo sur les réseaux sociaux: «Je n'ai pas d'explication. Je prends une photo, un chat, et je la mets sur Facebook. C'est le même réflexe stupide.»

Un réflexe. Voilà où nous en sommes. Un peu à l'image des fameux chiens de Pavlov, nous sommes donc désormais conditionnés à réagir sans vraiment réfléchir. Et pourquoi? Tout simplement parce que nous le pouvons.

Un type raconte dans une vidéo qu'il s'est fait tabasser? Eh ben fuck la version de son agresseur parce que de toute façon, ce gars-là est juste un malade. Un ministre dit un truc débile? La politique au complet, c'est de la marde. Un gars se fait accuser d'un truc vraiment grave sur Facebook? Tout le monde saute sur sa page pour lui dire à quel point c'est un sale. Et ainsi va la vie...

Le plus bizarre dans tout ça, c'est que lorsqu'on pointe du doigt ces espèces de dérapages collectifs, on trouve toujours quelqu'un pour nous remettre en pleine face que si nous en sommes rendus là, c'est que le système est tout croche. Ouep, c'est pas tout faux. C'est même indéniable que si on envoyait le système chez le concessionnaire pour une vérification de routine, le mécanicien nous demanderait certainement de bien nous asseoir sur une chaise avant de nous refiler la facture. Or, il nous dirait aussi qu'en réparant les trucs qui clochent, nous pourrions rouler encore un bon moment avec ce système-là.

Parce que même si le système a bien des défauts, je le préfère aux procès cheapettes sur Facebook et aux opinions débiles qu'on façonne d'un seul claquement de doigts. Et puis, il ne faut surtout pas oublier que personne n'est à l'abri de goûter un jour ou l'autre à une telle médecine. Il ne suffit que de dire la mauvaise chose au mauvais moment pour devenir l'ennemi numéro un du jour. Que vous soyez une figure publique ou un pur inconnu, n'oubliez jamais que la technologie, c'est la démocratie.

Alors voilà, j'ai une petite astuce pour vous éviter d'avoir la gâchette facile lorsque tout le monde part en croisade sur un truc d'actualité ou un phénomène x: ce n'est pas grave de prendre son temps pour se faire une idée. Et puis, quand bien même que vous seriez le dernier à vous exprimer sur un truc, vous serez peut-être le premier à exprimer quelque chose de sensé.

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