L'adaptation ou le combat?

Cela veut-il dire qu'il faut baisser les bras... (Photothèque La Presse)

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Cela veut-il dire qu'il faut baisser les bras pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, ce qu'on appelle l'atténuation dans le jargon des spécialistes?

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Dans ma dernière chronique, je parlais du dilemme que posait la capacité de s'adapter aux changements climatiques, par l'évolution dirigée des coraux. Ce genre de solution techno-scientifique est envisageable dans plusieurs secteurs.

Par exemple, dans le domaine forestier, nous avons mis en place en 2014 des plantations d'arbres des mêmes espèces mais provenant de 100 à 600 kilomètres plus au sud que le site sur lequel se dérouleront les expériences. L'hypothèse est que dans un climat plus chaud, les arbres provenant du sud auront une meilleure performance que les arbres locaux qui ont subi une sélection liée au froid. Nos futurs travaux pourront possiblement fournir des informations utiles pour l'implantation de nouvelles forêts dans un contexte de réchauffement. Si les résultats sont probants, il se pourrait que le ministère responsable change ses directives pour le choix des plants dans un objectif d'adaptation. Cela veut-il dire qu'il faut baisser les bras pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, ce qu'on appelle l'atténuation dans le jargon des spécialistes? En 2001, quand j'ai publié avec François Richard la première édition de «Vivre les changements climatiques» la question de l'adaptation y figurait en bonne place.

En 2002, le consortium OURANOS (www.ouranos.ca) était créé avec un objectif spécifique sur l'adaptation du Québec aux changements climatiques. Cela ne faisait pas l'affaire des groupes écologistes qui affirmaient haut et fort que l'adaptation allait nous détourner de la nécessaire réduction des émissions.

Stratégie

Cette façon de voir est réductrice. L'adaptation est nécessaire, parce que le problème de la limitation des émissions est complexe et demandera du temps. En attendant, les niveaux de gaz à effet de serre dans l'atmosphère continueront d'augmenter et la température aussi, avec les effets potentiellement catastrophiques que cela suppose si on ne réduit pas la vulnérabilité par l'adaptation.

C'est ce que nous faisons avec le projet Carbone boréal qui a reçu en 2014 un million de dollars de la part de Visa Desjardins, grâce aux gens qui ont changé leur relevé postal par un relevé virtuel. Cette opération permet de réduire les émissions, les arbres plantés dans nos dispositifs permettent d'absorber le CO2 en excédent dans l'atmosphère et nous étudions comment dans le futur, la forêt pourra être adaptée aux changements du climat.

On peut marcher et mâcher de la gomme en même temps comme le dit l'adage populaire. On peut aussi atténuer et s'adapter en même temps. C'est même une stratégie gagnante. La solution aux changements climatiques, s'il en existe une, ne viendra pas d'un seul secteur, d'une technologie miraculeuse ou de taxes sévères. Comme le disait en 2005 Robert Sokolow, «There is no silver bullet, but silver buckshot may do the job». Il n'y a pas une balle magique, mais de la chevrotine peut faire l'affaire, si on veut une traduction libre.

Ceux qui opposent l'atténuation et l'adaptation sont dans l'erreur. Dans un monde complexe, on ne peut pas espérer résoudre un problème en agissant sur une seule des composantes du système. Cela risque de causer des problèmes plus graves que ceux que l'on veut régler. Les changements climatiques sont une réalité avec laquelle nous et nos descendants devrons composer. Il est impensable que les gens qui vivront en 2050 agissent de la même façon que nous avons agi dans les dernières années. Mais on ne peut pas effacer le passé, donc ils devront vivre avec les conséquences de nos émissions de gaz à effet de serre. Le dilemme ne peut se résoudre en faisant une chose ou l'autre, mais en faisant une chose et l'autre.

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