Un vaste conflit d'intérêts

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard... (PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE)

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Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

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Isabel Brochu
Le Quotidien

Le démantèlement des structures régionales a créé un élan de solidarité dans plusieurs régions du Québec avec le mouvement «Touche pas à mes régions». Touchons-y ou touchons-y pas, mais parlons un peu des élus municipaux!

Dans Le Quotidien du 31 janvier dernier, Jean-Marc Crevier, représentant régional de la FTQ, soulève un enjeu central en posant cette question: quels intérêts défendent les maires? Les élus municipaux sont en conflit d'intérêts collectifs quand il est question du développement régional. L'actualité entourant la transformation d'organismes (CRÉ, CLD, etc.) et la localisation du futur CISSS en est la démonstration probante.

Intérêts

Les élus municipaux sont imputables devant leur population. Ils défendent les intérêts de leur municipalité et travaillent pour y développer des projets. Dans une élection municipale, vous entendez rarement un candidat vous exposer sa vision et stratégie pour développer la région. Vous ne votez pas pour appuyer ou sanctionner le bilan de ses actions à ce sujet. Il est même possible que ça ne vous intéresse pas. Alors pourquoi leur donner autant de pouvoir sur l'orientation et les décisions concernant les enjeux régionaux? Que fera l'élu si une solution optimale a des conséquences sur sa municipalité? Si l'implantation d'une organisation se joue entre deux municipalités? Entre le «Saguenay» et le «Lac»? Comment les élus traitent les organisations qui gênent leurs projets? Quelle place occupera le social dans l'omniprésence du discours économique ? Ces questions me semblent aussi fondamentales qu'absentes du débat.

Décentralisation?

Le gouvernement de Philippe Couillard mise sur les municipalités et territoires des MRC pour sa fausse décentralisation. Avec la Conférence régionale des préfets, on transfère à une échelle supérieure le déficit démocratique municipal dont les problèmes de représentation (femme, jeune, société civile) ne sont qu'un exemple. On consolide la zone d'influence des élus municipaux sans accroître leur légitimité démocratique. Ils sont trop souvent juge et partie et ce sera pire. Ils peuvent abolir la représentation de la société civile, ou ne pas consulter, alors que plusieurs organisations ont des missions hautement stratégiques et des budgets supérieurs aux municipalités, en santé et en éducation par exemple.

La restructuration régionale cautionne et risque d'institutionnaliser les conflits d'intérêts collectifs. L'occasion est ratée de susciter une réflexion en profondeur sur les enjeux régionaux, la définition du concept de région et les façons d'y répondre sous l'angle de la concertation. Difficile de ne pas constater un recul majeur et de s'inquiéter pour l'avenir.

Un conflit d'intérêt collectif n'est pas un crime, c'est un fait. Reconnaissons-le.

Et s'il reste encore un espace pour l'auto-critique et la créativité, que les élus le saisissent dignement au nom de l'intérêt supérieur du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Qu'ils nous démontrent leur capacité à mobiliser les forces vives, qu'elles soient en accord ou pas avec leur vision.

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