Il faut agir sur les causes!

Les coraux sont de petits animaux appelés polypes... ((Archives Le Quotidien))

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Les coraux sont de petits animaux appelés polypes qui secrètent un squelette calcaire formant des récifs dans les mers tropicales. Ces récifs sont considérés comme les écosystèmes les plus riches en biodiversité dans le monde marin.

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Depuis longtemps, les microbiologistes développent de nouvelles souches bactériennes par un processus de mutations et de sélection des colonies résistant à certaines conditions environnementales ou à un milieu de culture sélectifs. Ce procédé porte le nom d'évolution dirigée.

Ce procédé porte le nom d'évolution dirigée. Par exemple, si on veut trouver une bactérie qui résiste à des conditions d'acidité particulières, on va prendre les bactéries les plus résistantes et les soumettre à un agent mutagène comme les ultraviolets. Parmi les individus survivants se trouveront peut-être les mutants capables de résister à des conditions encore plus acides. On les cultive donc sur des milieux de plus en plus acides et seuls les individus qui possèdent la bonne mutation survivent. C'est analogue au processus de la sélection naturelle qui explique l'évolution des espèces. L'évolution de la bactérie est dirigée pour atteindre un objectif précis, alors que dans la nature, l'évolution n'a pas de but, c'est simplement un résultat. Contrairement aux organismes modifiés génétiquement, les cellules issues de l'évolution dirigée n'ont pas de gènes qui sont étrangers à leur espèce.

Biodiversité

Les coraux sont de petits animaux appelés polypes qui secrètent un squelette calcaire formant des récifs dans les mers tropicales. Ces récifs sont considérés comme les écosystèmes les plus riches en biodiversité dans le monde marin. Soumis à de nombreux stress, on observe depuis quelques années leur dépérissement à large échelle, ce qui laisse craindre le pire. La vitesse des changements climatiques et de l'acidification des océans pose un immense souci aux scientifiques en ce qui concerne la capacité des coraux à s'adapter aux nouvelles conditions qui prévaudront dans les prochaines décennies. Dans un article paru la semaine dernière dans le journal scientifique Proceedings of the National Academy of Science (http://www.pnas.org/content/early/2015/01/27/1422301112) des chercheurs proposent d'aider les coraux à s'adapter aux changements climatiques par l'évolution dirigée. L'idée est de choisir des coraux plus résistants à des températures et à une acidité plus élevées correspondant aux conditions futures de l'océan. Pour les amener en laboratoire à devenir encore plus résistants, on les élèverait en bassins en sélectionnant les plus performants et en les multipliant. Ensuite les chercheurs proposent de réensemencer les polypes dans les récifs pour qu'ils y remplacent progressivement les coraux affectés par les nouvelles conditions environnementales.

Scientifiquement, l'idée peut être séduisante, bien que des sommes importantes seront nécessaires pour réaliser un tel projet. Mais en réalité, ne s'agit-il pas d'une fuite en avant? Nous savons très bien que les changements climatiques sont causés par l'accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Alors pourquoi ne pas agir sur la cause plutôt que de tenter d'en atténuer les conséquences? Ne faisons nous pas un peu comme quelqu'un qui s'adapte à l'obésité en achetant des habits plus grands que nécessaire au lieu de s'occuper de ce qui cause son gain de poids?

Par ailleurs, pourquoi intervenir dans la nature? Certains coraux possèdent une capacité d'adaptation à des conditions plus chaudes et plus acides, alors laissons faire la sélection naturelle et que les mieux adaptés survivent... Après tout, la nature ne fait-elle pas mieux les choses que les humains?

Ce genre de dilemme éthique se pose parce que nous comprenons mieux comment fonctionne la nature par la science. Mais la science ne peut pas le résoudre. Elle ne peut qu'en éclairer les issues possibles.

Claude Villeneuve remet son cachet au fonds de développement de l'UQAC.

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