Le gros luxe

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Le Spina-Bifida, c'est le développement incomplet de la colonne vertébrale.

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Joël Martel
Le Quotidien

(Chicoutimi) C'est l'histoire d'un homme de 33 ans. Ça aurait pu être aussi une femme.

Du coup, ça pourrait être votre frère, votre fille, mais bref, c'est sur lui que c'est tombé.

Alors voilà, il est né avec une malformation mieux connue sous le nom de Spina-Bifida. Maintenant, comme je ne suis pas médecin, vous me pardonnerez d'y aller d'une explication plutôt sommaire, mais le Spina-Bifida, c'est le développement incomplet de la colonne vertébrale. Ainsi, cette malformation entraîne la paralysie et la perte de sensations des membres inférieurs.

Donc si je vous parle de cet homme de 33 ans, qu'on appellera Éric, c'est que sa mère m'a personnellement écrit afin de me témoigner de sa réalité. Pour la petite histoire, Éric refuse que sa condition physique le contraigne à ne pas gagner sa vie. Alors comme il n'est pas du tout tenté par l'idée de bénéficier de l'aide sociale, chaque jour, il surmonte la montagne de défis causée par son handicap physique afin d'occuper un boulot.

Or, qu'on puisse se servir ou non de ses deux jambes, les temps sont plutôt durs dans le milieu du travail. Certes, il est possible de se dégotter un emploi ici et là, mais si ce n'est pas au salaire minimum, eh ben, ce seront des boulots où l'on ne vous proposera que quelques heures par semaine afin de vous permettre de vivoter à peine.

Évidemment, à force de se débattre, il arrive que l'on doive parfois aller au-delà de ses principes et comme la situation d'Éric fait en sorte qu'il est triplement difficile pour lui de subvenir à ses besoins, on devrait facilement comprendre qu'à un moment ou un autre, Éric se serait retourné vers l'aide sociale, en attendant que les choses débloquent. Toutefois, il semblerait qu'Éric n'y soit même pas éligible. Le truc, c'est qu'il vit en couple et que l'État juge que les revenus de sa conjointe sont suffisamment élevés. Parce que c'est vrai qu'avec un peu plus de 20 000$ pour faire vivre un ménage à deux, on n'est pas loin du Klondike.

Ce n'est guère plus rose du côté de l'assurance-emploi, car ici, on juge qu'il n'a pas suffisamment d'heures de travail effectuées au cours de la dernière année. Et puis, si vous pensiez que la condition d'Éric lui permettait de toucher à des rentes, eh ben, j'ai le malheur de vous annoncer qu'il semble que non.

Comme la mère d'Éric a toujours insisté afin de lui inculquer la valeur de l'honnêteté, celui-ci refuse donc de se prêter au jeu de laisser croire au système qu'il n'habite pas avec sa conjointe, ou voire même, de nier bureaucratiquement sa relation de couple afin d'avoir droit à des prestations.

On se retrouve donc dans une autre navrante situation où un individu visiblement bourré de bonne foi est en quelque sorte ignoré par le système, car celui-ci entre dans la catégorie «Pas assez».

Pas assez dans le besoin, pas assez hypothéqué par sa condition physique, pas assez tout seul, pas assez travaillé et surtout, pas assez magouilleur. Vous seriez d'ailleurs très étonné d'apprendre combien de personnes dans votre entourage font partie de ces «Pas assez».

Bien entendu, on pourra avancer qu'Éric peut compter sur sa conjointe ou ses parents afin de se sortir la tête de l'eau, mais qu'en est-il de son amour propre, de la valeur qu'on lui donne et de sa volonté de s'épanouir?

Ah, je vous le dis, chers lecteurs et chères lectrices, mais à cette ère d'austérité, on n'a plus les grands luxes d'autrefois. Oubliez les piscines creusées et les grands châteaux.

Car désormais, le gros luxe, c'est l'honnêteté.

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