Les limites de la planète Terre

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Il y a près de 50 ans, dans la foulée des missions Apollo, l'image de la planète vue de l'espace s'est imposée comme une métaphore du «vaisseau spatial Terre».

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Il y a près de 50 ans, dans la foulée des missions Apollo, l'image de la planète vue de l'espace s'est imposée comme une métaphore du «vaisseau spatial Terre». L'analogie a nourri le discours de l'écologie politique; nous étions aux commandes de ce vaisseau spatial, en route vers notre destinée. Nous devenions, en tant qu'humanité, «pilotes» de ce vaisseau et responsables de son devenir et de celui de toutes les espèces qui l'habitent. Investis d'une mission de conservation, nous avions aussi en fiducie le sort des générations futures.

L'idée a fait son chemin et les scientifiques ont été conviés à définir des indicateurs de la santé de la planète et des limites à ne pas franchir pour maintenir son équilibre. Dans la foulée des grandes conférences internationales et à la lumière des signes inquiétants de dégradation de l'environnement planétaire, les bilans se sont précisés, mais comment faire de la prospective? En général, la science se construit sur l'expérience répétée. Or, nous n'avons qu'une Terre et nous ne pourrons jamais savoir quelles sont ses limites si nous ne les franchissons pas. Mais si nous les franchissons, sera-t-il possible de revenir en arrière? La question reste entière. Par exemple, il y a 20 ans qu'on a proposé un seuil de réchauffement du climat planétaire de deux degrés Celsius pour éviter une cascade de conséquences irréversibles. Les fondements scientifiques de cette hypothèse sont sérieux, mais nous ne saurons réellement ce qui en est que lorsque nous l'aurons dépassé. On ne devrait pas tarder à le savoir, puisque nous nous dirigeons de manière à peu près inéluctable vers cette limite avant la fin du siècle.

Dommages

Le 15 janvier dernier paraissait dans la revue Science un article fort intéressant, Will Steffen et son équipe, qui avaient proposé en 2009 le concept des limites planétaires «planetary boundaries» selon neuf indicateurs, ont précisé leur modèle. Le résultat est inquiétant. Le concept des limites de la planète établit, sur des bases scientifiquement documentées le «terrain de jeu» dans lequel les humains peuvent se développer en sécurité. L'enjeu est défini par le principe de précaution. En franchissant ces limites, nous risquons des conséquences irréversibles et des dommages irréparables. Naturellement, la précaution impose qu'on établisse une zone tampon, c'est-à-dire une déclinaison du seuil qui nous sert d'avertissement. La nouvelle mouture des limites planétaires est meilleure que celle de 2009. Certains indicateurs ont été regroupés, mais surtout, les auteurs ont introduit la notion de hiérarchie et les interactions entre les limites. Enfin, ils mettent en place des processus pour ramener ces indicateurs sur une base régionale et nationale. Ainsi, on peut savoir si un pays a franchi plus ou moins les limites. Cela devient intéressant au point de vue politique.

Cette nouvelle façon de documenter l'impact de l'humanité sur la planète remplacera-t-il l'empreinte écologique, connue depuis une vingtaine d'années? L'empreinte écologique est un indicateur qui tente de quantifier l'impact des activités humaines en termes d'une superficie écologiquement productive. L'empreinte écologique ramène l'ensemble des impacts à une seule mesure. C'est ainsi qu'on affirme qu'il nous faudrait plus d'une planète pour supporter l'humanité. Toutefois, plus de la moitié de l'empreinte écologique est constituée de la surface de forêts nécessaire à absorber les émissions de gaz à effet de serre. C'est très discutable. La nouvelle approche est beaucoup plus prometteuse. Il sera intéressant de voir comment elle se substituera ou non à l'empreinte écologique au cours des prochaines années.

Claude Villeneuve remet son cachet au fonds de développement de l'UQAC.

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