Il faut un plan blindé!

Russel-Aurore Bouchard... (archives Mariane L. St-Gelais)

Agrandir

Russel-Aurore Bouchard

archives Mariane L. St-Gelais

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Russel-Aurore Bouchard
Le Quotidien

La préservation du patrimoine bâti et culturel se trouve au coeur de l'actualité régionale, dans la foulée du dossier de l'église Fatima de Jonquière. Aujourd'hui, le président de la Commission des arts et de la culture de Saguenay et l'historienne Russel-Aurore Bouchard discutent de la question et posent des pistes de solutions pour l'avenir.
Depuis le temps que je me désole de voir disparaître, année après année, tous ces points de repère de notre histoire et de notre culture, qui pourrait me reprocher de ne pas y aller avec le dos de la cuillère? Le résultat est patent et peut se vérifier d'un bout à l'autre de la région. Aucune municipalité n'y échappe. De La Doré à Petit-Saguenay en passant par Roberval, Alma et Saguenay, notre héritage patrimonial est un terrain de ruines et une désolation sans nom! À quelques exceptions près, les plus beaux morceaux porteurs de sens ont disparu. Et le petit peu qui a survécu de ce carnage vit sur du temps emprunté. Le malaise est donc total et la suite me semble, hélas, toute indiquée!

On dirait que nous avons perdu notre conscience et la fierté d'être ce que nous sommes par l'histoire, par notre culture, et par notre volonté de survivre. Nous ne respectons plus rien! Patrimoine bâti quel qu'il soit, patrimoine immatériel et naturel, bibliothèques publiques qu'on vide de ses vieux livres pour faire place au virtuel sans avoir étudié le fond de la question, sans en avoir débattu au préalable. Noms de localités et noms de rues rayés du dictionnaire toponymique, églises et maisons ancestrales, rien n'est à l'abri. Tout ce qui contribue à définir notre caractère identitaire est condamné à court terme. En raison de l'indifférence de tous, nous sombrons dans une mer d'insignifiance.

Malgré ce triste résultat, je reste d'avis que ce qui a survécu de cette hécatombe patrimoniale régionale mérite qu'on s'y attarde. Je me désole, mais je ne jette pas encore la serviette. La solution n'est pourtant pas bien compliquée. Elle relève de la conscience de tous et d'une volonté politique affirmée. Et elle se résume à un plan de gestion patrimoniale assorti d'un calendrier de conservation et de règles souveraines qui baliseraient nos choix et dicteraient la marche à suivre. Au Québec et au Canada, cela se fait déjà dans le cas des archives publiques, et je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas nous en inspirer. C'est la logique du bon sens, l'orchestration d'un sain développement à définir autour de trois ou quatre questions pourtant bien simples, pour peu qu'on accepte de se les poser avec le souci de l'engagement. Que reste-t-il à conserver? Qu'est-ce qui mérite d'être conservé? Qu'est-ce qui doit être conservé coûte que coûte et qu'est-ce qui peut être sacrifié sur l'autel du développement? Quels sont les critères sur lesquels il faut baser nos choix et quels sont les efforts que nous acceptons de faire pour les respecter?

Cela vaut pour le patrimoine sous toutes ses formes, pour tout ce qui relève des prérogatives et responsabilités des ministères concernés, pour tous les conseils municipaux et pour notre Église diocésaine qui, manifestement, est débordée par le contexte difficile qu'elle traverse.

Cette demande pourtant bien simple, je l'ai déposée régulièrement sur la place publique depuis le début des années 1990. J'ai essayé de soulever le débat à de multiples reprises, mais je n'ai pas réussi. Vingt-cinq ans déjà, et toujours rien! Pas étonnant qu'on se demande encore si on doit conserver ou pas les malheureux restes de l'église Fatima, abandonnée comme tant d'autres témoins aux meurtrissures du temps. Dans un cas comme dans l'autre, l'improvisation mène le bal, le temps supplée au laxisme politique. Tant que les institutions responsables du patrimoine sous toutes ses formes ne s'arrêteront pas pour débattre de la question qui aboutira sur un plan de gestion blindé, c'est foutu! Le massacre va se poursuivre et ce qui reste est condamné à disparaître. Encore une ou deux générations et ça y sera! Les derniers murs qui portent encore les traces de notre passé se seront écroulés. Nous aurons alors mérité de ceux qui vont nous succéder, à la fois l'oubli et le mépris...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer