Le côté sombre de l'humanité

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Selon certaines estimations, le groupe islamiste Boko Haram aurait tué plus de 13 000 personnes. Ses attaques ont fait 1,5 million de déplacés.

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Nicole Huybens
Le Quotidien

(Chicoutimi) Je me sens impuissante face à la violence et la barbarie qui conduisent à la tuerie de Paris, à Boko Haram et tant d'autres.

Ceux qui, au nom de n'importe quel dieu, de la pureté de la race ou d'une cause, se donnent le droit de tuer, expriment le côté sombre d'une humanité qui me fait désespérer de notre capacité à vivre la liberté, le dialogue et la paix. Comment se fait-il qu'au nom de la même religion, on puisse faire les actions les plus géniales et les plus barbares? La plupart des musulmans et des chrétiens se réclament d'une religion de la bienveillance. Mais des chrétiens et des musulmans ont perpétré des atrocités, des tortures, des génocides, réduit en esclavage, fait la guerre et tué sans vergogne. Les religions sont ambiguës: notre Ancien Testament présente souvent un dieu vengeur et Jésus a placé l'amour comme valeur des valeurs. Mahomed est devenu un chef de guerre redoutable après avoir prêché l'amour lui aussi. Les humains sont ambigus, leurs dieux aussi.

Donner un sens

Pourquoi les humains se sont-ils dotés de religions un peu partout et depuis la nuit des temps? Notre vie est éphémère: naître, vivre, se reproduire et mourir semble absurde. Avoir une croyance à honorer donne du sens à la vie. Il a bien fallu aussi trouver à canaliser l'égoïsme qui nous anime autant que la fraternité. Religion viendrait d'un mot latin «religare» qui signifie «relier». Elle relie à Dieu et aux humains en proposant une morale. Nous avons besoin de cette «reliance», même si elle n'est pas l'apanage de la religion. Les relations entre les humains ne sont pas seulement d'ordre commercial et la spiritualité apaise nos angoisses existentielles.

C'est la religion qui s'est le moins adaptée au monde contemporain qui semble attirer le plus. Dans nos racines se trouve inscrit un besoin que notre «civilisation» utilitariste ignore trop souvent. Ce serait rendre honneur aux grands penseurs des religions et à leur côté humaniste que de conserver le meilleur des traditions de sagesse et de laisser partir leurs cendres au vent de l'histoire. Mais les terroristes ravivent les cendres: ils se sentent investis du devoir de venger un prophète. Ils choisissent la loi du Talion. Ils sont pourtant nés et ont été éduqués en France, pays laïc qui ne punit pas en fonction d'une religion ou de lois édictées par un dieu. Ils auraient pu trouver la sagesse dans d'autres phrases du livre qu'ils disent honorer.

On ne peut tolérer l'intolérable, c'est pourquoi il faut y renoncer. On peut choisir la bienveillance dans nos vies ici et maintenant pour nous sentir moins impuissant. C'est ridicule de s'étriper pour un foulard ou un dieu: être musulman, ce n'est sans doute pas porter telle ou telle pièce de vêtement, comme être chrétien n'est pas mettre un crucifix sur un mur. Nous ne parviendrons à un monde pacifique qu'au travers de milliards de petites révolutions tranquilles au niveau de chacun d'entre nous. Il faut trouver du sens à la vie dans l'amour pour l'autre et aussi pour la nature, c'est l'impératif du 21e siècle. C'est cela pour moi aujourd'hui être «religieux», relié.

Je suis Charlie pour toutes ces personnes qui meurent, se font emprisonner, fouetter, contraindre au nom de quelques lignes dans un livre sacré. Et je ne suis pas Charlie parce que la religion n'est pas un truc désuet sans lequel on vit mieux. Nous pouvons faire honneur à la bienveillance de ceux qui nous ont précédé et ont écrit des mots sages dans d'autres lignes des livres sacrés pour favoriser la paix et la liberté aujourd'hui. Il me semble que tous les dieux voudraient cela s'ils parlaient.

Nicole Huybens verse son cachet à la campagne de développement de l'UQAC.

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