Je suis Baga

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Roger Blackburn
Le Quotidien

Comme bien des gens, j'ai été touché, triste, accablé, révolté, épouvanté et indigné par les attentats terroristes commis en France la semaine dernière dans les bureaux du Charlie Hebdo.

J'ai été ému par les différents témoignages et les manifestations qui ont suivi ces attentats.

Je me suis interrogé sur la pertinence de la satire dans les médias et rapidement j'ai convenu qu'il ne fallait pas céder un pouce de censure à ces malades d'islamistes intégristes. Mais ma plus grande tristesse est apparue dans l'opinion du lecteur dans Le Quotidien de mercredi dernier sous le titre Je suis Baga!

Les islamistes de Boko Haram ont tué plus de 2000 personnes début janvier dans le nord-est du Nigeria. Ils ont commis «crimes de guerre» et des «crimes contre l'humanité", annonçait Amnistie internationale cette semaine. Il n'y a pas eu de manifestation et il n'y a pas eu de rassemblement dans les rues avec des affiches «Je suis Baga».

Dernièrement, ils ont commis un double attentat dans un marché en sacrifiant deux jeunes filles de 19 et 15 ans transformées en bombes humaines. C'est la même bande de sanguinaires qui ont kidnappé 276 jeunes lycéennes à Chibok, au Nigeria, en avril, une barbarie qui avait indigné la planète, mais qui n'a généré que de maigres interventions pour mater ces fous assassins.

Je suis épouvanté de constater que nos chefs d'État, avec nos militaires et nos équipements électroniques sophistiqués, ne se mobilisent pas pour débarquer au coeur du Nigeria pour venir en aide à ces gens qui n'ont pas de téléphone cellulaire pour filmer les atrocités dont ils sont victimes et pour les faire circuler sur les réseaux sociaux pour indigner la planète.

Je me sens comme dans la peau d'un collaborateur lors de l'occupation française. Par notre silence et par notre inaction, j'ai l'impression qu'on laisse faire ces atrocités comme en temps de guerre. Je me rends compte que si la pointe d'un crayon peut pousser au crime, ce n'est sûrement pas avec cela qu'on pourra arrêter les barbaries de ce groupe qui veut justement empêcher les filles de se servir d'un crayon et de recevoir une éducation.

Mais en attendant que nos chefs d'État, nos chefs d'armée et nos soldats décident d'intervenir pour arrêter ces massacres commis par le groupe islamiste Boko Haram et leurs semblables ailleurs dans le monde, il faut encourager la libre expression comme le magazine Charlie Hebdo. Pour le moment c'est la seule arme que nous avons, une arme qui peut choquer, qui peut railler, qui dénonce, qui conteste, qui éduque, qui sensibilise, qui fait réfléchir, même si ça peut paraître parfois déplacé ou indécent, ça demeure que des mots ou des dessins.

«Un contexte de guerre place toujours en veilleuse la liberté d'expression publique» fait remarquer Philippe Marion docteur en communication sociale à l'Université catholique de Louvain en Belgique qui signe le texte d'introduction de l'exposition de caricatures présentée au Musée du Fjord à La Baie.

Il faut à tout prix éviter l'autocensure et continuer de se moquer pour dénoncer. Ça choque, ça blesse, ça insulte, mais on ne peut pas faire comme des médias aussi prestigieux que le New York Times, le Wall Street Journal, CNN ou NBC qui ont décidé de cacher les dessins de l'hebdomadaire satirique français ou de ne même pas les montrer après les attentats. On ne peut pas baisser la tête devant des barbares.

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