À l'ombre du vedettariat

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Dario Larouche
Le Quotidien

(Chicoutimi) La publication, dans le Progrès-Dimanche du 4 janvier, d'une compilation des artistes natifs du Saguenay-Lac-Saint-Jean s'illustrant sur la scène nationale voire internationale a suscité de nombreuses réactions. Aujourd'hui, deux artisans réputés du domaine culturel régional, Ian Gailer, directeur général du festival REGARD sur le court et Dario Larouche, metteur en scène, directeur général et artistique du Théâtre 100 Masques et directeur général de la Société d'art lyrique du Royaume discutent des réalités culturelles vues d'un angle régional.
Comme il est bon de se targuer d'être une région d'art et de culture! Un pôle créatif, audacieux, dynamique. Une pépinière d'artistes pour le bottin de l'UDA. D'ailleurs, notre fierté pour ces Bleuets qui font les beaux jours sur nos scènes et nos écrans, au Québec comme à l'étranger, est sans commune mesure.

Nous sommes une population (un peu chauviniste, osons le mot) qui a ses vedettes «de la région» à coeur... même longtemps après leur départ vers la «grand'ville». Nos médias nous le disent. Nous nous le disons. Nous nous le faisons rappeler. Partout. Sur tous les tons. Après tout, nous sommes à l'ère de la culture qui s'auto-suffit, s'auto-génère, s'auto-digère de grandes premières en grands galas, de revues à potins en émissions de variétés. Et quand la culture se perd en divertissement, le succès, le vrai, se mesure à l'aune de ces nouveaux paramètres.

Frontières

Du moins est-ce l'impression qui se dégage de l'espace médiatique (quand celui-ci existe encore de façon conséquente) dévolue à la chose artistique. Et il en faut peu que derrière cette impression s'immisce un malentendu: le talent se conjugue sur un mode métropolitain... à tout le moins doit-il s'exporter hors des frontières saguenéennes pour être pleinement reconnu. C'est alors que l'épithète «de la région» acquiert ses lettres de noblesse.

Parce que oui, bien que gratifiant et stimulant à plus d'un égard, être travailleur culturel en région (à ne pas confondre!), c'est être confronté aux sourires de compassion un peu narquois quand il est question d'expliquer que oui, c'est possible d'en vivre ici. C'est être confronté au désintérêt de plus en plus grandissant des publics pour qui n'est pas marqué du sceau du vedettariat (n'est pas Rémy Girard qui veut... ni les autres). C'est être confronté à des préjugés tenaces qui rabaissent, parfois sans s'en rendre compte, les actions artistiques régionales au rang de hobbys jolis mais sans grande envergure.

Pendant ce temps, cet inévitable star-système «de la région» est servi à toutes les sauces. Il est absorbé et restitué à tout venant. Mais tout attrayant soit-il, il n'en demeure pas moins qu'il provoque un insidieux effet sur quiconque veut tirer son épingle du jeu d'un milieu culturel professionnel véritablement local, actif sur le territoire, qui peine pourtant à survivre si ce n'est de l'acharnement de ses artisans: il crée une sous-culture, une culture de second plan.

Le combat est inégal. Et quand ils débarquent dans la région, ces ambassadeurs (dont je ne dénierai jamais le mérite), par médias interposés, occultent malheureusement tout un pan de la culture dite «régionale». La vedette vend. La vedette remplit ses salles. La vedette intéresse et fait accourir les foules, peu importe le prix... ces mêmes foules qui hésiteront, dans un autre contexte, à payer pour leurs artistes locaux... quand elles sauront qu'ils existent.

Le créateur d'ici doit se contenter, lui, de plus en plus, pour se faire connaître ou pour recevoir un essentiel retour sur son oeuvre, de chroniques ou d'articles (qui parfois émaneront purement et simplement du communiqué écrit par ce même créateur) réduits à une peau de chagrin, écartelés entre la mission colossale de promouvoir ce qui se fait sur place et le plaisir coupable de s'étendre sur les réalisations d'une diaspora adulée et ô combien plus séduisante.

C'est ainsi que même s'il est bon se targuer d'être une région d'art et de culture, le doute pointera inéluctablement chez ceux qui, de jour en jour, la font vraiment.

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