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L'amélioration de la sécurité routière ne devrait pas passer, pour du long terme, par des artifices technologiques mais par un changement d'attitude.

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Le Quotidien

La question de modifier les limites de vitesse imposées sur le réseau routier québécois est toujours d'actualité et suscite de nombreux remous. Aujourd'hui, l'avocat Charles Cantin et l'ingénieur et professeur Marc Bouchard, du Département des techniques d'aménagement et d'urbanisme du Cégep de Jonquière, abordent ce sujet.
L'amélioration de la sécurité routière ne devrait pas passer, pour du long terme, par des artifices technologiques mais par un changement d'attitude.

Il est facile de voir la technologie comme le sauveur de notre sécurité, mais en avons vraiment besoin? Sommes-nous vraiment obligés d'aller plus vite? La technologie va-t-elle combler une absence de jugement si flagrante ou deviendra-t-elle plutôt un artifice dispendieux, difficile à gérer et peut-être une source encore plus grande de danger? À mon avis la sécurité routière est donc une question d'attitude et de jugement. Faites-nous seulement savoir, monsieur le ministre, si c'est 100 ou 115 km/h le maximum!

Si vous ne le faites pas, les gens se donneront la possibilité de décider par eux-mêmes. Hop! Le jeu du chat et de la souris! Malheureusement la liberté que se donnent ainsi les automobilistes se retrouve également dans nos quartiers résidentiels et nos zones scolaires, où l'absence de conséquences du non-respect de la limite de vitesse ou des consignes de sécurité affichées y est trop souvent présente.

La Table de la sécurité routière du Québec avance déjà que, sur nos routes, pour chaque km/h d'augmentation de vitesse, on observe une détérioration du bilan routier de 3%. Avec un bilan en baisse pour les 40 dernières années, il est donc clair qu'il ne faut pas augmenter la vitesse permise sur nos routes.

Le faux sentiment de sécurité créé par les améliorations technologiques des voitures (meilleure adhérence, freins de meilleur qualité, conduite plus précis) ou des systèmes de signalisation intelligents peuvent produire indirectement un excès de confiance chez les automobilistes qui peut générer un relâchement de l'attention et un comportement à risque. À cela s'ajoute une quantité de plus en plus grande de véhicules de grande puissance (trop puissantes!) sur le réseau routier, ce qui s'observe sur le terrain par une attitude agressive de conduite que nous observons régulièrement sur le terrain lors de nos études de sécurité routière.

Attention, je ne parle pas ici nécessairement d'agressivité physique mais de comportements rapides et brusques difficiles à gérer par les autres usagers (accélérations et décélérations rapides). Les automobilistes prennent donc plus de risques pour eux, mais aussi pour les autres usagers de la route: les automobilistes qui par choix ou par défaut roulent moins vite, ou alors les cyclistes et les piétons. Ça, c'est inacceptable. Permettre d'augmenter ce risque par l'accroissement des vitesses permises est à mon avis une aberration répondant plus aux désirs des fabricants d'automobiles que des principes de sécurité routière...

En même temps, vouloir moduler les vitesses affichées en fonction de la circulation et des conditions atmosphériques pourrait paraître alléchant pour les mordus de technologies. Mais ce sera d'effet mitigé selon moi car elle enlèvera à l'automobiliste le besoin d'évaluer et d'ajuster sa vitesse aux conditions par son propre jugement. Est-ce vraiment nécessaire? Ou voulons-nous vraiment déresponsabiliser l'automobiliste.

Je ne crois pas que le photo radar, surtout s'il est signalé, doit être vu comme un outil de sensibilisation mais plutôt comme un outil de répression. Encore faut-il que la vitesse permise soit bien connue. Les résultats du projet pilote effectué lors des dernières années au Québec ont été présentés lors d'un colloque sur la sécurité routière qui s'est tenu à Montréal au cours des derniers mois. Les résultats nous démontraient que le taux de grand excès de vitesse mesuré à l'endroit où se situait l'appareil avait baissé. Mais impossible de savoir si ce comportement se reproduisait partout le long du même axe routier ce qui devrait être le vrai objectif poursuivi. Il était de l'avis de plusieurs des experts présents qu'il n'était pas encore possible de confirmer son efficacité comme outil de sensibilisation global.

La solution serait donc d'envoyer un message clair aux automobilistes sur la vraie vitesse tolérée: nous pourrions peut-être changer sur les autoroutes, et sur les autoroutes seulement, les panneaux vitesse minimum et vitesse maximum en ceux vitesse maximum recommandée et vitesse maximum tolérée et de laisser le soin aux automobilistes d'user de leur jugement. Pourquoi pas !

 Marc Bouchard, du Département des techniques d'aménagement et d'urbanisme du Cégep de Jonquière.

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